Le "fabriqué en France" est de retour

En réponse à la désindustrialisation, les pouvoirs publics ont crée en 2010  l’Observatoire du "fabriqué en France".

A l’époque, le Ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, avait admis "revendiquer une dose de protectionnisme" et se plaignait de l’absence  d’indicateur pour suivre l’évolution de "la part française des produits fabriqués en France".

Pour la deuxième année consécutive, l’entité du "fabriqué" nous livre un rapport de 5 pages qui concerne 10 filières "stratégiques" (automobile, ferroviaire, luxe, aéronautique, biens de consommation et d’équipement, chimie, santé,  agroalimentaire, TIC, construction et réparation navale).

Le rapport  nous renseigne sur la capacité de l’offre intérieure à répondre à la demande interne et sur l’origine géographique des éléments qui composent la production :

  •  La production intérieure couvre 98% de la demande locale (99% en 2008). Les 2% restants sont importés.
  •  La production intérieure contient  67,5% d’éléments fabriqués sur place (58%  en 2008) et 32,5 % d’importations.

Pour une raison qui m’échappe, l’étude ne met pas en musique ces deux informations. Or il est facile d’en déduire un indicateur synthétique, à savoir le taux de couverture de la demande interne en produits réellement locaux, qui s’établit à 66,15%  (67,5% de 98%).

Entre 2008 et 2010, le taux de "fabriqué en France" a gagné près de 9 points.

Le rapport s’en félicite mais ne donne aucune explication.

N’est-ce pas  une conséquence de la crise dont on sait qu’elle a eu un impact très fort sur le commerce international et particulièrement sur celui des composants?

Pourquoi ce travail ne précise-t-il pas que le contenu local de la production a diminué dans 4 filières (santé, luxe/habillement, construction navale, biens de consommation et d’équipement)?

Pour d’autres, comme l’automobile,  relocalisation ne rime pas avec  "reconquête" du marché intérieur.

Il est dommage que  ce genre de chiffres soient jetés dans le débat public sans un peu  plus de précautions, au risque que toute entreprise qui délocalise plus que la moyenne de son secteur passe pour nuisible à l’économie nationale, alors qu’il peut très bien s’agir d’une entité de nationalité étrangère et que l’importation de composants moins onéreux est, peut-être, bénéfique aux exportations.

Notons que  ce tiers de "fabriqué à l’étranger",  qui est contenu dans la production intérieure,  ne l’empêche pas de couvrir 98% de la demande locale. Et si cette présence externe était un  gage de compétitivité sur le marché intérieur?

On lit dans le rapport que la collecte des données est encore insatisfaisante et que les chiffres ne sont comparables que sur la période 2008-2010.

Crée à la va vite par un pouvoir politique velléitaire et cocardier, l’Observatoire du "fabriqué en France" peine à trouver ses marques et la minceur du commentaire qui accompagne les statistiques, par ailleurs utiles, ne dissipe pas les ambiguïtés de ce projet.

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4 réflexions sur “Le "fabriqué en France" est de retour

  1. J’aimerais bien savoir si les pourcentages des divers secteurs sont aussi efficaces que l’élaboration de l’indice des prix …
    En effet, à quoi cela me sert d’apprendre qu’une TV coûte moins cher que l’an passé ? Sauf à s’obliger à acheter un tel produit annuellement, l’inclure dans le "panier de la ménagère" relève du "pipeau". Le pain, par contre, nous en mangeons quotidiennement.
    Donc, ce type de réflexion ramener à "la fabrication française" me conduit à me demander s’il faut être content que le secteur aéronautique satisfait à près de 50% la consommation intérieure, rares étant ceux qui acquièrent ce genre de moyen de transport. Par contre, parlez-moi des fruits et légumes (66%) avec les haricots cultivés en Afrique et notre capacité à l’autosuffisance en cas de dérèglement climatique, de l’habillement (59%) où la fabrication asiatique est prépondérante (je lis les étiquettes, période des soldes oblige !)
    Oui, décidément, il faut revoir la structure et son travail d’enquête.

  2. Le secteur aéronautique est le plus dépendant des fournisseurs extérieurs et se trouve largement exportateur. Vous souhaitez qu’on s’intéresse aux biens de consommation, pour lesquels un ménage sera en mesure de faire un choix. ici, ils sont rares. Ce seront la santé, la mode et l’automobile. Mais les biens de consommation les plus courants sont associés aux biens d’équipement, ce qui n’est pas très pertinent de l part de l’auteur. Quant au secteur "mode et luxe", il comprend l’habillement, (chose étrange dans cette étude). On voit le haut degré d’importation d’habillement.

    • Je crois que je me suis mal exprimée : j’établissais un parallèle dans la façon de présenter les études (stat sur les prix de la conso’ visé à la baisse grâce à un secteur qui connait un renouvellement quinquennal, par exemple …) avec la notion de satisfaction du client par un produit made in Truc.
      Je crois qu’il faut également tenir compte des "produits de niche".

  3. Une graduation de 160% n’enfreint pas les lois de l’univers, cela signifie que la production dépasse le marché intérieur et que l’excédent (60%) est exporté dans le vaste monde.

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