Krugman préfère l’Euro au chaos

En théorie, l’Euro est  une erreur, mais en pratique, il est préférable (et possible) de le sauvegarder.

Voilà ce qu’explique Paul Krugman, dans « La revanche de la zone monétaire optimale« , un article où il rend hommage  au concept de Robert Mundell  pour mieux flétrir la désinvolture des bâtisseurs de l’Europe.

Au fond, Krugman répète ce que les économistes  disent depuis longtemps: en l’absence de mobilité inter-européenne du travail et d’intégration budgétaire, le projet de monnaie unique était prématuré.

Pire, en permettant la libre  circulation  des capitaux, la monnaie unique a  provoqué un afflux de capitaux vers les pays  périphériques (Espagne, Grèce, Irlande…), avec les effets destabilisants que l’on sait sur le crédit immobilier et le niveau général des prix dans ces pays.

Pour autant, Krugman ne souhaite pas l’éclatement de l’euro, car même si la monnaie unique est une entreprise périlleuse,  mieux vaut ne pas en rajouter dans la déstabilisation financière et risquer l’effondrement du projet politique européen:

(…) a euro breakup would be hugely disruptive, and exact high “transition” costs. Still, the enduring cost of a euro breakup would be that it would amount to a huge defeat for the broader European project I described at the start of this talk – a project that has done the world a vast amount of good, and one that no citizen of the world should want to see fail

Pour sortir l’europe monétaire de l’ornière, Krugman préconise un « saut fédéral » , ainsi que deux entorses au dogme monétariste:

  • Instituer un mécanisme fédéral d’assurance des dépôts bancaires et de sauvetage des institutions financières, de sorte que les pertes localisées dans un seul pays ne pèsent plus uniquement sur les finances publiques de celui-ci.
  • Permettre à la  BCE  de prêter, en dernier ressort, aux Etats européens, afin que  les marchés retrouvent un plus peu de confiance dans la capacité des Etats à faire face à leurs échéances.
  • Relever l’objectif d’inflation, de manière à ce que les pays périphériques soient moins incités à comprimer leurs salaires pour restaurer leur compétitivité coût.

Le Prix Nobel reconnait volontiers que de telles réformes sont difficiles à mettre en oeuvre, mais comme le note le journaliste polonais Piotr Buras, le modèle allemand de construction européenne place l’Allemagne elle même dans l’impasse (faible croissance, pauvreté, effritement de l’état providence, endettement des municipalités).

Peut-être Krugman rêve-t-il, mais au moins a-t-il le bon goût de ne pas s’abandonner au pessimisme astrologique qui pousse un Jacques Sapir à  courir de médias en médias pour annoncer un « cataclysme », quelque part entre  2012 et 2015.

Dans une veine similaire, Georges Soros propose la constitution d’un fonds européen, financé par l’émission de bonds communs, qui rachèterait une part de la dette des Etats en difficulté.

DG

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5 réflexions au sujet de « Krugman préfère l’Euro au chaos »

  1. En lisant le titre, et l’allusion à la ZMO, je m’attendais logiquement a ce que Krugman suggère aussi une réforme allant dans ce sens: développer la mobilité de la main d’oeuvre, en prenant en compte les problèmes linguistiques et les autres barrières, qui ne sont pas infranchissables ni (1/10 de portugais en france, soit 1 million de personnes, autant de polonais au RU….). ça ne serait pas non plus une nouveauté.

    A part ça, Jacques Attali a proposé quelque chose de tres pragmatique, (relativement) simple a mettre en oeuvre et qui change tout: que les membres de l’eurozone creent « leur » parlement (avec les parlementaires européens des etats correspondants), compétent sur le domaine budgétaires (celui de l’UE et/ou les orientations générales des états).

    Ca ne nécessite aucun traité (et les coopérations renforcées sont déja dans le mini traité), c’est cohérent et ça débloque la situation (le RU participants aux réunions à 27 sur la gouvernance de l’Euro…) et dans la pratique, c’est le fameux « saut fédéral ».

    1. Je ne pense pas que Krugman croie en la possibilité de faire beaucoup plus en termes de de mobilité du travail inter-européenne.
      Jacques Attali voit loin, mais ceci implique un impôt fédéral, ainsi qu’un un endettement commun (dont les intérêts seraient payés collectivement).
      Peut-être y viendra-t-on au termes d’une crise majeure,puisqu’il faut bien le dire, les nations se forment dans l’adversité….malheureusement

      1. Pour Attali, ce qu’il propose me parait tout le contraire d’un horizon lointain, cela me semble au contraire tres pragmatique. Il avait déja proposé « de bien utiliser l’existant », sur le même mode, pour l’élection d’un président de l’UE au suffrage universel, qui ne serait rien d’autre qu’un candidat à la présidence de la commission « porté » par les partis européens a leur initiative, sachant que le président de la commission est de toute façon investi par le parlement.

        Pour ce qui concerne le parlement de la zone euro, cela n’implique pas un « impot féderal » à court terme. L’institution vise d’abord a simplifier la prise de décision (concernant la gouvernance de l’euro et les questions actuellement discutées a 28: eurobonds, action de la BCE, fond de secours, etc..), et à la rendre plus démocratique ( du conseil -> parlement).

        Cela peut venir (plus facilement et plus rapidement) ensuite, une fois les questions actuelles résolues dans ce cadre, et avec la pratique d’un embryon de « gouvernement économique ».

        Ce qui est intéressant dans sa démarche, c’est qu’il renverse le processus habituel des « petits (ou moyen) pas », nécessitant des modifications institutionnelles (qui deviennent quasi impossible à 28, surtout en raison du pas à franchir), et propose d’utiliser pleinement les structures existantes.

        Quand on voit ce qu’il est advenu du pacte de stabilité, on se rend bien compte que les traités ne valent que si on souhaite (et peut) vraiment les mettre en oeuvre.

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