La royauté des économistes

« Les économistes occupent aujourd’hui une place centrale dans nos sociétés, tour à tour conseillers des gouvernements ou des institutions financières, ils ont définitivement supplanté leurs concurrents: philosophes, historiens ou sociologues (…)

(…) La prétention des économistes à la scientificité de leur discipline est aussi typique de la volonté des Modernes de parvenir à une connaissance objective des faits humains inspirée des sciences de la nature (…). En tout bon économiste sommeille un positiviste. (…) La théorie, à partir d’hypothèses faites sur le comportement des agents, propose des relations causales entre variables; l’économétrie confirme, ou non, leur existence (…).

(…) les écoles qui divisent la pensée économique, particulièrement en macroéconomie, ont ceci en commun qu’elles sont toutes « nouvelles ». On distinguera donc la « nouvelle économie classique » issue de la révolution des anticipations rationnelles de la « nouvelle école keynésienne » qui prend en compte la rigidité des prix. Cette permanente modernité de l’analyse économique résulte de son avancement inexorable: les économistes estiment résoudre progressivement les problèmes qui se posent à eux et progresser dans la voie d’une connaissance toujours plus approfondie et pertinente des phénomènes qu’ils étudient. Evidemment, cette conception de la discipline se fait au détriment de sa propre histoire: les fondations sont de peu d’intérêt au regard des ultimes développements.

(…) Enfin et surtout, les économistes sont des Modernes du fait des origines intellectuelles de leur discipline. En effet, l’analyse économique n’est pas née en tant qu’étude empirique d’une activité nouvelle, l’économie, mais elle est le  produit d’une évolution  de la pensée moderne. Cette dernière a en réalité dû « inventer » l’économie, conçue comme une sphère autonome régulée par le marché et visant la la satisfaction de besoins spécifiques, dits économiques, pour pouvoir achever son projet, que l’on peut définir comme l’avènement d’une société d’individus libres et rationnels. »

Maxence Brischoux, « La royauté des économistes: éléments pour une sociologie de l’analyse économique », Le Débat, N°166, septembre-octobre 2011, in Problèmes Economiques, n° 3 030, 9 novembre 2011.

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5 commentaires sur “La royauté des économistes

  1. Ne pourrait-on pas dire la même chose des sociologues à propos du passage sur leurs efforts de « scientifiser » leur discipline? 😉

    1. Oui, mais il me semble que les sociologues ont encore les pieds bien plantés dans les sciences sociales, alors que beaucoup d’économistes aspirent à imiter les sciences de la nature.

  2. Mais tout s’explique alors : l’économiste assène avec aplomb l’inverse de ce qu’assène avec aplomb l’économiste d’une autre obédience, l’économiste qui doute ne semble pas exister, l’économiste ne prévoit rien ou alors ce qui va arriver dans les 4 prochaines minutes…mais alors…l’économiste est un homme ? Il n’est pas l’incarnation de la pureté naturelle et scientifique ? Diable, que de certitude déboussolée, je ne regarderai plus jamais Saint Etienne de la même façon…

    1. Les économistes sont très forts pour prévoir le passé, dit-on souvent. L’aplomb des économistes concerne surtout les idéologues et les tenants de « La science économique » qui s’isolent de toutes les autres sciences humaines et ne voient pas la complémentarité des disciplines.
      La plupart des économistes sont tout de même des pragmatiques, des bricoleurs, qui piochent des hypothèses ici ou là et ne s’enferment pas dans leur tour d’ivoire.

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