Réindustrialiser autrement

Maintenant que le grand tralala électoral sur le thème du "consommer français" ou de  la "tva anti-délocalisation" est derrière nous, il est temps de réfléchir aux causes du déclin industriel que connaît notre pays.

Deux économistes prêchent les mêmes idées sur la question: Jean-Luc Gaffard (OFCE) et Patrick Artus (Natixis).

Les deux insistent sur le problème de qualité de la production française (surtout dans l’automobile), qui nous expose  à la concurrence par les prix et amplifie les délocalisations d’usines entières, alors qu’un positionnement plus haut de gamme limiterait le phénomène à la réimportation de composants à moindre coût:  à la délocalisation, Gaffard préfère ce qu’il nomme la "fragmentation" productive.

Ils attirent également notre attention sur la mauvaise relation qu’entretiennent les grands groupes avec leurs sous-traitants (qu’ils empêcheraient de grossir) et les PME (qu’ils préfèrent racheter avant qu’elles ne s’étoffent:

"Le plus important est la relation entre les grands groupes et leurs sous-traitants. Les relations entre eux sont horribles. Les grands groupes sont obsédés par la baisse des prix et ne s’intéressent absolument pas à ce que leurs sous-traitants grossissent. Les grands groupes allemands, eux, font grossir leurs sous-traitants. On doit donc améliorer les relations de sous-traitance en appliquant la loi. Les grands groupes ne la respectent pas. Je note, que certains d’entre eux changent les prix de manière unilatérale et rompent des contrats. D’autres pratiquent le pillage de la propriété intellectuelle. Quand un sous-traitant a un brevet, le grand groupe se l’approprie. Les grands groupes pratiquent le pillage des cerveaux…On doit expliquer aux grands groupes qu’il est de leur intérêt d’avoir des sous-traitants en bonne santé." (Artus)

Leurs textes contiennent d’autres propositions (Small Business Act, aides fiscales…) qui, espérons le, nourriront la réflexion du sémillant Ministre du "redressement productif".

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6 réflexions sur “Réindustrialiser autrement

  1. Les meilleures propositions sur le sujet viennent de l’économiste Gabriel Galand et du blogueur "Descartes".
    L’idée d’une taxe sur les excédents commerciaux, taxe qui a pour but de profiter des avantages du libre-échange sans les inconvénients (balance des transact° courantes durablement déficitaire) et qui est compatible avec une monnaie unique est ce que j’ai trouvé de plus intelligent.
    http://www.chomage-et-monnaie.org/2011/12/entre-libre-echange-et-protectionnisme-classique-quelle-bonne-mesure/
    http://descartes.over-blog.fr/article-pour-un-protectionnisme-intelligent-95198873.html

  2. C’est bien beau de parler de problème de qualité et d’innovation, problèmes secondaires. Mais c’est oublier que nous avons une monnaie qui ne correspond pas à notre tissu économique. En gros avec l’euro nous sommes entrés en zone mark.
    C’est oublier aussi que notre déficit est avant tout du à la concurrence de pays intra zone euro.
    Tant que l’euro avait une parité faible avec le dollar , les choses allaient relativement bien pour la France, mais à partir de 2004 et notamment avec le dogmatique et abruti Trichet ("I’m not a frenchman) le commerce extérieur commença à décliner.
    L’UE ne sert pas à renforcer la coopération entre les pays, il n’est en fait que le paravent d’une mise en concurrence généralisée.

  3. Petit problème : à force de dire qu’il nous faut produire haut de gamme pour ne pas entrer en concurrence avec les pays "tiers", on oublie que ces pays améliorent eux aussi leur production …
    Evoquer une innovation serait plus pertinente, non ? Autre produit, autre qualité, rupture du risque de concurrence …
    Et puis, renégocier des conventions qui cassent l’égalité de production, de protection sociale et autres protections sociales, cela ne ferait pas de mal. pourquoi rester jouer avec des gens qui n’ont pas les mêmes règles ?

    • La qualité est un moyen efficace de résister au nivellement par les prix (cf l’Allemagne). La qualité ne passe pas forcément pas de l’innovation au sens strict (nouveau produit, dépenses en recherche et développement).
      En revanche, je suis d’accord, il faudra négocier des règles sociales ou des compensations commerciales. Après tout, nous n’avons pas reconnu à la Chine le statut d’économie de marché, donc nous ne sommes pas obligés de tout laisser faire.

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