L’Allemagne passagère clandestine de la reprise mondiale?

En 2008, lorsque la récession s’annonce, l’économie allemande bénéficie d’un solide excédent extérieur (6,2% du PIB) ainsi que de finances publiques en léger déficit (-0,9% du PIB). Confronté au choc de la crise, ce pays avait les moyens de s’offrir un plan de relance conséquent, à l’image de celui de la Chine ou des Etats-Unis, qui ont injecté respectivement 13 et 5,8 points de PIB, sous forme de dépenses publiques ou de baisse d’impôts.

L ‘Allemagne a opté pour une relance modérée (2,8% de son PIB), qui se situe dans l’exacte moyenne des pays de l’échantillon ci-dessous (S. Ahrens, Fiscal responses to the financial crisis, 2009).

Il est vrai que l’effort allemand de relance est bien plus important que celui de la France ou de la Belgique. Dans le cas de notre pays, le poids de la dette publique, une certaine négligence des autorités et le haut niveau de dépenses à caractère social expliquent en grande partie cet écart. Il faut tenir compte également du degré d’ouverture au commerce international. C’est ainsi que la France, qui dépend moins des exportations (surtout industrielles) que l’Allemagne, a été relativement moins affectée par le choc économique mondial, ce qui explique pour partie la relative inertie des pouvoirs publics.

A l’évidence, l’Allemagne n’a pas joué le rôle de locomotive de la demande mondiale. Aurait-elle pu faire plus?

L’économiste Kamil Yilmaz défend cette thèse en comparant le plan de relance allemand à ceux des deux autres puissances commerciales mondiales (Etats-Unis et Chine). Il souligne qu’entre 2007 et 2010, les exportations de l’Allemagne vers la Chine ont augmenté de 40 à 71 milliards de dollars et que la reprise économique Outre-Rhin a profité des efforts de relance dans les pays émergents sans offrir grand chose en retour à ses partenaires. On peut cependant avancer les hypothèses que  la dépréciation de 20% de l’euro face au dollar (2009-2010) avait dissuadé l’Allemagne de réanimer plus franchement sa demande intérieure et que le faible poids de l’Etat social en Chine et aux Etats-Unis exigeaient de toute manière un effort de relance plus marqué qu’en Europe.

DG

NB: le billet a été remanié suite à un judicieux commentaire de Julien qui notait une erreur dans les données préalablement citées (ce qui m’avait échappé) et qui conduisaient à sous-estimer de 40% l’effort de relance allemand.

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8 commentaires sur “L’Allemagne passagère clandestine de la reprise mondiale?

  1. Rien d’étonnant, depuis les réformes Schröder (Loi Hartz et autre) l’Allemagne joue clairement la stratégie du passager clandestin. C’est pourquoi l’Euro et L’Union européenne ne sont pas viable.
    L’Allemagn exporte son chômage chez ses voisins, lesquels voisins empruntaient à taux faible en bénéficiant de la « crédibilité » de l’Allemagne sur les « marchés »>. Quel attelage baroque.

    1. Oui, on peut le comprendre par la volonté de combler le choc lié à la réunification. Mais la poursuite de cette stratégie en pleine crise et la bêtise des dirigeants français posent problème.

  2. Il me semble que les différents membres de l’UE s’étaient serré la ceinture lors de la réunification pour soutenir l’Allemagne. 1993 avait été une sacrée claque pour les économies européennes et déjà à l’époque la France, l’Italie et l’Espagne étaient menacées de se faire expulser du système européen. Aujourd’hui il n’est pas question que les Allemands bougent d’un iota pour les Européens. La coopération est donc très très asymétrique. Alors même que la zone euro est configurée de telle manière que les plans de relance auraient un profond impact sur l’activité éco de la zone. Alors même que c’est bien la politique économique poursuivie par l’Allemagne depuis le début des années 2000 qui, tout en stimulant puissamment sa compétitivité et ses exportations, sape la trajectoire des autres Etats-membres et conduit aux déséquilibres continentaux actuels. Ylmaz a raison : l’Allemagne doit élever ses dépenses publiques. Elle doit enfin laisser ses salaires augmenter après une décennie de stagnation.
    Tant qu’il n’y aura aucun geste de la part de Berlin, l’Union perd toute sa signification, toute son utilité, toute sa raison d’être. Nous sommes en train de reproduire au niveau européen les mêmes erreurs qu’il y a huit décennies. Nous sommes en train de nous autodétruire.

  3. un truc m’échappe. Si je mets le PIB de l’Allemagne à 3500 milliards de $. 100 milliards de relance ca me fait 2.8 %. Si je mets le PIB de la France à 2800 milliards. 33 milliards ca me fait 1.2%. J’ai râté un épisode ou bien ?

  4. Dans le meme genre, si 43 milliards cela représente seulement 0.7 % du PIB canadien, ca leur fait un PIB à 6200 milliards, soit plus de 4 fois plus que n’importe quelle estimation récente.

  5. @Julien. Tout à fait,il y a un problème avec ces données qui sous estiment largement la relance allemande, aux alentours de 3% du PIB. Je remixe le billet à partir de données plus fiables, ce qui conduira à nuancer ma « charge », un peu trop réflexe, contre A. Merkel.

  6. Super. Merci pour cette mise à jour utra rapide. Merci pour ce billet : on y voit un peu plus clair dans qui fait quoi. Merci aussi pour la distinction Pays avancés et en développement. C’est très visuel.

    1. L’erreur était quand même importante, merci de l’avoir signalée. Vous trouverez dans l’article d’où est tiré le graphique une analyse, que je n’ai pas reprise, des plans de relance selon qu’ils sont mis en place dans les pays avancés et les autres

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