Des parrains et des citrons

Et si le commerce international avait donné un coup de pouce à  la Mafia en Sicile?

C’est l’argument d‘Arcangelo Dimico, Alessia Isopi et Ola Olsson, qu’ils développent dans un working paper de l’Université de Gothenburg (Suède).

Il était une fois, dans la seconde moitié du XIXième siècle, un pays qui avait acquis une position dominante dans la production et l’exportation de citrons, au point qu’à la fin de ce siècle,  la Sicile concentrait 73% de la production italienne et fournissait  78% des importations américaines.

Le monopole sicilien se fondait non seulement sur des conditions climatiques propices, mais aussi sur l’existence de coûts fixes élevés en termes de coût de plantation et d’infrastructures pour protéger les récoltes.

Qui dit barrières à l’entrée d’un marché, dit monopole et qui dit monopole, dit profits et nécessité d’une protection du droit de propriété, ne serait-ce que pour se prémunir contre l’insécurité et les prédations dont la Sicile était le théâtre.

C’est là qu’interviennent nos aimables mafieux, dont le coeur de métier consiste à offrir de telles garanties, moyennant compensations financières. Les auteurs démontrent que  les régions de Sicile les plus adonnées à la culture du citron sont, comme par hasard, celles où la mafia était la plus active. Le citron aurait été l’occasion d’une « accumulation primitive » pour les parrains de Palerme.

Un petit modèle théorique, dans lequel propriétaires et mafieux interagissent pour leur plus grand intérêt commun, complète l’article. On y vérifiera que tout le monde, y compris les mafieux, a vocation à passer à la moulinette des fonctions objectif et  des dérivées mathématiques d’un économiste.

Les auteurs jugent leur contribution compatible avec les autres travaux qui ont été consacrés aux origines de la Mafia en Sicile. Le papier en fait l’inventaire et souligne le rôle des facteurs historiques et institutionnels, comme l’histoire mouvementée du pays, la faible acceptation de l’Etat et l’héritage féodal.

Cette idée que la Mafia aurait offert aux entrepreneurs-exportateurs de citron une tranquillité que l’Etat était incapable de produire conforte la thèse dite de la « fatalité des matières premières » d’après laquelle les richesses nées d’un rente de situation sont souvent de mauvaise augure pour un pays. Elle rappelle aussi que l’extension des marchés, chère à Adam Smith, n’est jamais étrangère au contexte institutionnel et que les avantages absolus, en termes d’exportation, ne sont pas seulement des faits de nature.

DG

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s