La menace des stéréotypes

« Le psychologue Claude Steele a démontré aux Etats-Unis la puissance de ce qu’il appelle la « menace des stéréotypes »: les filles réussissent mieux les tests mathématiques lorsqu’on leur dit explicitement que le stéréotype selon lequel les filles sont moins bonnes en maths que les garçons ne s’applique pas à ce test précis; les Noirs américains réussissent moins bien les examens lorsqu’ils doivent commencer par préciser leur race sur leur copie.

Dans le sillage des travaux de Claude Steele, deux chercheurs de la Banque mondiale ont organisé un concours de résolution de labyrinthes entre enfants de basse et de haute caste en Uttar Pradesh. Elles ont découvert que les enfants de basse caste se défendent bien contre ceux de haute caste tant que la caste n’est pas mise en avant, mais dès qu’on leur rappelle l’infériorité de leur caste et le fait qu’ils affrontent des enfants de haute caste (en leur demandant par exemple de mentionner leur nom complet avant le commencement du jeu), ils s’en tirent beaucoup moins bien.

Selon les auteurs, cela pourrait s’expliquer en partie par la peur de ne pas être évalués équitablement par les organisateurs du jeu-qui sont de façon évidente des membres de l’élite-, mais une autre interprétation est que c’est une manifestation de l’intériorisation des stéréotypes.

Un enfant qui s’attend à avoir des difficultés à l’école aura tendance à penser que, s’il ne comprend pas, c’est de sa faute à lui et non de celle de ses professeurs. A partir de là, il peut conclure qu’il n’est pas fait pour l’école-qu’il est « stupide », comme la plupart des gens de son milieu-et abandonner tout espoir de s’instruire, pour se contenter de rêvasser en classe ou même refuser d’y retourner (…) ».

Abhijit V. Banerjee; Esther Duflo, Repenser la pauvreté, Seuil (2012), Chapitre 4, Les premiers de la classe.

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2 réflexions au sujet de « La menace des stéréotypes »

  1. Pas besoin de partir si loin !
    Récemment, une expérimentation démontrait qu’en demandant à des collégiens de résoudre des exercices de maths, en leur précisant que c’était un peu plus ambitieux que le programme vu en classe et qu’ainsi, ne pas y arrivé était tout à fait compréhensible, presque normal … comme par hasard, les jeunes surmontaient les difficultés.
    En ne prévenant pas, ne leur donnant les exercices tels quels, sans avertissement, la réussite était moindre.

    Une observation sur le contenu des tests : il s’agit trop souvent de mathématiques (c’est privilégier une tournure d’esprit). Je serais curieuse de connaitre le pendant « façon littéraire » (rédaction, exposé etc …). Mais est-ce possible ? Comment quantifier alors les résultats ?
    Parce qu’avec l’option littéraire, il n’y a jamais UNE bonne réponse… Tout est question d’argumentation et alors, là, ce sont les testeurs qui auront des stéréotypes !

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