Régis est un bon

Régis Debray explique la gauche et la droite à Henri Guaino.

Excellente mise au point, quoiqu’un peu too much entre 1:06 et 1:17.

Pour aller plus loin: un beau texte de Michel Bégon sur le spectaculaire et persistant vote à gauche en Ariège.

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7 réflexions au sujet de « Régis est un bon »

  1. Je trouve Debray peu éclairant sur la question. Le clivage gauche/droite me paraît être au fond structuré par deux concepts différents de justice : à droite, on tend toujours, autant que cela peut se défendre publiquement, à considérer que la justice ne relève que de la punition et de la réparation dans domaine des transactions privées involontaires, alors qu’à gauche, on considère qu’elle existe aussi dans le champ social.

    Se comprend ainsi que la droite insistera toujours plus sur la défense de la propriété privée, quand la gauche se prononcera pour la redistribution des richesses, voire pour l’abolition de la propriété privée, ou bien encore que la droite insiste sur la punition et la gauche sur la prévention.

    l’intérêt aussi de cette compréhension du clivage, c’est qu’elle montre en quoi il repose sur des concepts dont la vérité est évaluable, et non sur des convictions qui, au fond, se valent bien.

    1. Oui, mais Debray a le mérite de rappeler que les gens pensent d’abord ce qu’ils mangent et que chacun développe la vision de la justice sociale (ou pas) qui l’arrange. Il a en face de lui un « bonapartiste », qui pratique la confusion des intérêts au nom d’une vision totalement mythique du peuple. Il est bon de le ramener à la réalité.
      Quant aux gens de gauche, ils font, général, deux choses. Non seulement ils devinent l’égalité profonde des être humains et l’arbitraire des positions acquises, mais en plus, ils le font savoir, ce qui ouvre la voie à l’expérimentation sociale.
      Il y a également à gauche un rapport très spécifique au temps et à l’espace.
      Les mouvements de gauche aiment à actualiser sous une forme idéale, ce que l’on pense être le futur de la société. Par exemple, les congés payés et tout le mouvement associatif qui les a organisés en 36 est une anticipation, sur un mode idéal, de la société de consommation et de loisirs.
      La gauche est également encline à penser que ce qui vient de l’extérieur est au moins aussi important que le local.
      C’est pourquoi, quant l’avenir est sombre ou opaque, et quand le monde fait peur, c’est plutôt la droite qui domine les esprits.

      1. Merci pour votre réponse.

        Je m’accorde tout à fait avec la caractérisation que vous faites de la gauche, et je dirais même que ces trois caractéristiques sont liées au concept de justice propre à la gauche : la première comme ce qui fait que qui est à gauche comprend qu’il y a des injustices sociales, et les deux autres comme une conséquence de cela.

        « Debray a le mérite de rappeler que les gens pensent d’abord ce qu’ils mangent et que chacun développe la vision de la justice sociale (ou pas) qui l’arrange » : bien sûr, les individus peuvent être soumis au biais de confirmation, mais ils prétendent aussi au vrai, et il n’y a pas deux vérités qui peuvent se contredire. Or Debray, en se contentant de dire cela, sacrifie à une sorte de relativisme en politique : puisque la politique proposée par chacun ne correspond jamais qu’à des intérêts divergents, alors toutes se valent bien du point de vue de la légitimité, et si tel est le cas, on ne voit pas au nom de quoi quiconque peut encore en défendre une. Les gens de droite adorent d’ailleurs pratiquer ce sophisme : vous critiquez cette politique parce qu’elle est faite dans l’intérêt de certains aux dépens de la justice, mais la politique que vous préconisez est aussi dans l’intérêt de telle ou telle catégorie, donc elle se réduit à la satsifaction d’intérêts divergents des nôtres(et nullement au profit de la justice), et donc votre critique n’a aucune légitimité.

      2. Ce « relativisme » politique pouvait fonctionner dans les années 50 et 60, lorsque les élites acceptaient de partager leurs gains et que les milieux populaires s’organisaient autour de leurs intérêts. Avec de genre de compromis, il fut facile de désamorcer la crise de 1968.
        Mais aujourd’hui, la gauche est contestée dans sa légitimité même. Les élites se targuent de remettre en cause toute redistribution, puisque selon elle, les droits sociaux doivent êtres transformées en dettes sociales (voire privées), assorties de » devoirs » de réciprocité (travail obligatoire). A ce jeu là, c’est tout simplement la démocratie qui est menacée car a quoi peuvent servir les assemblées si elles perdent le droit de redistribuer les richesses?
        On ne se rend pas compte à quel point se prétendre de gauche est de plus en plus incongru, dans une « société de concurrence libre et non faussée ».

      3. Voilà une description synthétique bien saisissante.

        Il faut alors critiquer cette politique préconisée en considération du seul critère à l’aide duquel il y a une légitimité à le faire : ce qu’est en vérité la justice. Est-ce bien juste de faire que les droits sociaux soient assurés par l’endettement et d’exiger que leur jouisance soit conditionnée par le travail ? Après tout, si c’était cela qui s’avérait juste, pourquoi le contester ?

        Bon, il reste quand même qu’intuitivement, cela ne paraît pas juste – et on ne saurait faire fi de l’intuition en la matière.

      4. Tous les intérêts ne se valent pas. Ceux qui, par leur travail, édifient le monde, sont en droit de retirer de la relation salariale et de l’exercice de la citoyenneté un minimimum de protection sociale et de redistribution.

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