Ces livres étrangers dont l’Argentine ne veut pas

Guillermo  Moreno, Ministre argentin du  Commerce extérieur

Pendant deux semaines, du 12 au 30 mars 2012, les argentins ont vécu une expérience digne des romans de Kafka.

La douane argentine a bloqué des millions de livres, fascicules et périodiques, obligeant le consommateur de Buenos Aires à se déplacer jusqu’à l’aéroport international (situé à 35 kilomètres) puis  à faire tester la teneur en plomb de l’encre contenue dans chaque ouvrage.

Les réseaux sociaux ont diffusé l’émotion générale, les organisateurs de la « Fête du Livre » ont protesté.

Un collectif d’intellectuels a lancé un appel, s’étonnant de ce que le Gouvernement se montre si pointilleux en matière de santé publique, quand il s’agit de livres, mais beaucoup moins en ce qui concerne les pesticides qui franchissent la frontière.

Le responsable de  cette mesure étrange est le Secrétaire  argentin au commerce extérieur, Guillermo Moreno, (voir ci-dessus), chantre de la limitation des importations  et de la  « défense du travail  national ». L’homme est exalté, mais il fait preuve d’une redoutable efficacité pour  dissuader les importations sans heurter de front les règles de l’OMC.

L’arbitraire, la menace et le harcèlement sont largement utilisés par le Gouvernement, de sorte que les importateurs s’autocensurent  dans leurs achats. Il se raconte que Guillermo Moreno téléphone directement à ces derniers pour  donner ses directives.  C’est très efficace, puisque nulle trace écrite ne  demeure. Les anglo-saxons qualifient cet protectionnisme aux petits pieds de  « murky protectionism » (protectionnisme  de l’ombre)

Dans  le cas présent, aucune prohibition ou taxe à la frontière n’a été édictée puisqu’une simple norme sanitaire,  la résolution  453/2010, a suffi pour faire obstacle aux échanges, sans que le ministère du commerce ne soit directement impliqué.

Pour autant,  il semble que le Gouvernement argentin soit allé trop loin. Dans un pays qui importe, selon des chiffres très discordants,  entre  35 et 80%  des  ouvrages, la  stupeur a été vive.

Face au tollé général, le Gouvernement fait mine de reculer, prétextant que les services douaniers s’étaient montrés trop zélés et que désormais, chacun pourra acheter un livre importé, à condition que ce soit pour son usage personnel, ce qui ne résout pas l’embarras  des importateurs qui s’approvisionnent auprès des autres pays du Mercosur ou de l’Espagne.

Ces chicaneries sur la teneur  en plomb des livres, qui ne concernent  qu’un 1% du déficit commercial argentin, ont inspiré ce twitt  cinglant, dont le journal El Pais s’est fait l’écho:

La idiotez es una enfermedad extraordinaria. No es el idiota el que sufre por ella sino los demás (Voltaire)”

DG

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