Crise de 1929 et vote d’extrême droite

Défilé d’extrémistes nationalistes en Hongrie (2012)

En 1920, le continent européen abritait 24 démocraties. En 1939, il n’en subsistait plus que 11.

Dans quelle mesure la grande dépression des années trente explique-t-elle ce raz de marée extrémiste?

Alan de Bromhead, Barry Eichengreen et Kevin O’Rourke procèdent à l’analyse économétrique  des résultats de 171 élections dans 28 pays, entre 1919 et 1939.

Les auteurs privilégient les ressorts de l’extrémisme de droite en raison de son poids électoral (2/3 des suffrages « anti-système » après 1929, contre 38% avant 1929) et de la nature des régimes qui, le plus souvent, ont subverti les démocraties.

Après 1929, ils constatent que le score médian des partis nationalistes et autoritaires a été multiplié par deux (cf tableau ci-dessous).

La crise économique, surtout par sa durée, a joué un rôle significatif, mais elle est loin de tout expliquer.

D’après les auteurs, c’est le manque d’expérience démocratique, conjugué  à la récession et à l’appartenance aux club des perdants de la guerre 14-18, qui formèrent un cocktail explosif.

Pour résister au fascisme,  il fallait une tradition démocratique solide, à l’image de la France et de l’Angleterre.

Les auteurs ajoutent que les partis extrémistes ont bénéficié des modes de représentation électorale à la proportionnelle, surtout lorsque cela leur a permis  de figurer dans un parlement avant 1929.

Pour compléter ce papier, convoquons l’historien Guglielmo Ferrero, exilé italien, qui dès 1940 formulait une hypothèse intéressante sur les origines du totalitarisme:

Le régime totalitaire apparaît toujours au moment où un peuple sort de l’ère monarchique, quelque temps après que la monarchie est tombée où est devenue impuissante à gouverner un pays. La chute ou l’épuisement de la monarchie obligent le peuple à tenter de créer un gouvernement démocratique mais la tâche est toujours très difficile parce que les conditions nécessaires pour faire fonctionner un gouvernement sur les principes démocratiques appliqués avec bon sens et loyauté ne peuvent jamais être improvisées. D’où toutes sortes de crises et de difficultés, pendant lesquelles le régime totalitaire apparaît, à un certain moment, comme une transition entre la monarchie qui n’est plus possible et la démocratie qui ne l’est pas encore. G. Ferrero, « Les origines du totalitarisme », La Dépêche de Toulouse, 11 février 1940.

Comme quoi, en précipitant les évènements un certain 14 juillet et en faisant l’expérience autoritaire (malheureuse) du bonapartisme, nos anciens nous ont préservé, sans le savoir,  des tourmentes des années trente.

DG

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