Nathalie Arthaud, internationale for ever

Poursuivons notre tour d’horizon électoral, sur le thème de l’économie internationale,  avec Lutte Ouvrière (LO),  dont la candidate à l’élection présidentielle est Nathalie Arthaud.

Grâce à un tweet de Protectionnisme, je découvre un texte limpide et vibrant de l’organisation trotskyste qui condamne le protectionnisme et la démondialisation, dans la plus fidèle tradition marxiste.

Dans mes jeunes années, j’aurais signé ce texte sans hésiter. Je n’aurai donc pas la main lourde avec les ultimes représentants de la (belle) tradition internationaliste.

Cependant, livrons nous à notre tour à un exercice de fidélité, mais à base de droit d’inventaire et de dépassement.

LO condamne le protectionnisme au nom de deux idées:

  • Le progrès économique: « Aujourd’hui, alors que l’économie est cent fois plus mondialisée qu’elle ne l’était à l’époque de Marx, il est inepte et réactionnaire de proposer un repli national« .
  • Le progrès moral de l’humanité: « comme pour les socialistes au début du XXe siècle, c’est aussi pour nous un progrès si l’industrie se développe en Chine, en Inde ou au Vietnam. Parce que cela renforce et élargit la classe ouvrière, et que ces prolétaires sont des alliés futurs des travailleurs de France, des États-Unis ou d’ailleurs » (…) « Nous fondons nos espoirs d’une société meilleure dans la lutte internationale des travailleurs et c’est la perspective dans laquelle nous nous plaçons« .

Tout cela est bel et bon, mais comme disait le vieux Lénine, faire de la politique c’est apporter des solutions pratiques à des problèmes pratiques.

Or, sur les deux plans, LO s’égare.

  • A l’époque de Marx, le rapprochement des économies s’effectuait par le truchement d’une réduction massive des coûts de transports (navires à vapeur, réseaux ferrovaires). La révolution des moyens de locomotion était si impressionnante qu’il fallut deux guerres mondiales pour mettre un terme à la première mondialisation car le protectionnisme de la fin du XIXième ne ralentit même pas les échanges commerciaux. A l’heure actuelle, rien de tel. Les gains de productivité dans les transports sont inférieurs à ceux que l’on peut observer ailleurs dans l’économie. De nos jours, la mondialisation repose beaucoup plus sur des décisions de politique économique (accords de libre-échange bilatéraux ou multilatéraux, libéralisation des activité de réseaux). De ce fait, le choix n’est pas entre l’autarcie et le grand marché mondial, mais entre plus ou moins de commerce international. Questionner le libre-échange est légitime et ne doit pas effrayer les amis du monde.
  • Paradoxalement, les deux vagues de mondialisation ont séparé les peuples. Prenez  deux terriens au hasard et cherchez l’origine de leurs écarts de revenu. En 1820, l’essentiel des différences s’expliquait par l’appartenance de classe. Deux siècles plus tard, c’est le lieux de naissance qui compte et qu’on le veuille ou non, un ouvrier du Doubs n’a pas forcément les mêmes intérêts immédiats que celui de Shangaï.

Alors que faire? comme disait l’autre.

Et bien, il faut sortir du faux dilemme libre-échange/protectionnisme en proposant un renouvellement de l’Etat Providence, chose dont Marx ne voulait pas à l’intérieur des frontières, et dont LO ne veut pas plus entre pays.

Réfléchir à de plus justes échanges internationaux, à des compensations et à des réglementations revient à étendre la notion de protection sociale.

Les nationalistes refuseront cette perspective puisque pour eux le protectionnisme est une fin en soi  ou un simple instrument de riposte commerciale. Les libre-échangistes cyniques n’en voudront pas non plus, puisque pour eux, la mondialisation sert à démoraliser Billancourt.

LO a raison de vouloir préserver la division internationale du travail et d’y voir les prémisses d’une humanité plus consciente d’elle même. Mais sans règles du jeu, ici et maintenant,  le pire pourrait naître de la concurrence injuste et toujours faussée.

DG

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