Le mensonge du travail

Lu dans le Nouvel Observateur, à propos des conditions de travail dans l’usine Lejaby d’Yssingeaux:

« (…) Chaque matin, Jacqueline, la monitrice, passait et nous donnait notre « feuille de but », soit l’objectif à atteindre dans les 450 minutes de la journée de travail. Le temps se mesurait en secondes : 0,850 pour chaque élastique. Au-delà d’un certain rendement, « on pouvait espérer une prime personnelle, de 2 à 3 euros par semaine ». Et une prime collective si l’ensemble de l’atelier suivait la cadence. « J’ai eu parfois jusqu’à 100 euros de plus par mois. » Son salaire ? A peine 1.110 euros net. « Plus vous montiez en cadence, plus la monitrice montait les objectifs. » Marie-Claude ne lui en veut pas : « Jacqueline était gentille, elle aussi était sous pression. »

La course contre le temps, les ouvrières faisaient avec. Mais quand arrivait le chronomètre, c’était la panique. Deux à trois fois par semaine, « la chronométreuse s’amenait vers nous. Comptait le temps qu’on mettait pour sortir les pièces du casier, les poser sur la table, faire le travail » … Marie-Claude n’a jamais pu s’y faire. « C’était si stressant. »

« La fermeture de l’usine Lejaby » , Nouvel Observateur (27/01/12)

En lisant cela, me revient à l’esprit ce qu’écrivait  J.K Galbraith dans son livre « Les mensonges de l’économie« :

« Le problème, c’est que le travail est un expérience radicalement différente selon les personnes. Pour beaucoup – et c’est le cas le plus courant -, il s’agit d’une activité imposée par les nécessités les plus primaires de l’existence : c’est ce que les êtres humains doivent faire, et même subir, pour avoir de quoi subsister(…) Le mot travail s’applique simultanément à ceux pour lesquels il est épuisant, fastidieux, désagréable, et à ceux qui y prennent manifestement plaisir et n’y voient aucune contrainte. Avec un sens gratifiant de leur importance personnelle, peut-être, ou de leur supériorité qu‘on leur reconnaît en plaçant les autres sous leurs ordres (…). User du même mot pour les deux situations est déjà un signe évident d’escroquerie. (…) Mais ce n’est pas tout. Les individus qui prennent le plus plaisir à leur travail – on ne le soulignera jamais assez – sont presque universellement les mieux payés. C’est admis. Les bas salaires sont pour ceux qui effectuent des tâches pénibles, répétitives et monotones. (…) Le travail est jugé comme essentiel pour les pauvres. S’en affranchir est louable pour les riches. L’étendue et l’énormité du mensonge inhérent au mot travail son évidentes. Pourtant, on n’entend guère de critiques ou de mises au point émanant des institutions savantes ».

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2 réflexions au sujet de « Le mensonge du travail »

  1. Le travail, cette poutre (trabicula) qui permet de maintenir à son poste, l’animal qui manœuvre les moulins, les presses ou les norias … le chrono en moins !

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