Le Pen: de la protection sociale au protectionnisme social?

Pour relancer les bas salaires, le FN veut basculer le financement d’une partie de la protection sociale, du travail vers les importations.

Ici, les mots ont leur importance: la cotisation sociale (qui est un élément du salaire) devient une charge sociale, tandis que le droit de douane se métamorphose en  contribution sociale sur l’importation:

Nous créerons très rapidement après l’élection une exonération de 200 euros sur les charges sociales pour tous les salaires inférieurs à 1,4 fois le SMIC, soit environ 1500 euros nets par mois, ce qui signifiera une hausse immédiate de 200 euros des salaires concernés. Cette revalorisation des petits salaires, urgente vu la gravité de la situation du pouvoir d’achat de nos compatriotes, sera plus que financée par la création d’une Contribution sociale sur l’importation, d’un montant de 3%, sur l’ensemble des biens et des services importés chaque année en France de l’étranger.

Le coût de la mesure est chiffré aux alentours de 20 milliards d’euros.

Compte tenu du montant de nos importations (537 milliards d’euros), il faudrait lever au minimum un droit de douane de 3,6%.

Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi une telle taxe sera contre-productive.

-La taxe aux frontières coûtera plus cher à notre industrie que ne lui rapporteraient les baisses de cotisations sociales:

  • La moyenne des salaires bruts à temps complet dans l’industrie représente le double du SMIC (Fondation Concorde « Produire en France », Mars 2011). Le secteur tertiaire sera le grand gagnant de l’allègement de cotisations, alors qu’il est peu exposé à la concurrence extérieure.
  • La moitié de nos importations industrielles (376 milliards d’euros) sont constituées de biens intermédiaires (CAE). Par conséquent, taxer ces importations retrancherait près de 6,5 milliards d’euros à la valeur ajoutée de nos entreprises.

-Le protectionnisme pénalisera l’investissement et la consommation:

  • Nous importons un cinquième de nos investissements (375 milliards d’euros). Une taxe de 3,6% alourdirait le coût des équipements de 2,7 milliards.
  • Les ménages consacrent 14,5% de leur consommation à des biens et services importés. Un droit de douane de 3,6% constituerait un choc inflationniste de 0,52 points qui affaiblirait les débouchés intérieurs de nos entreprises.

-La contribution sociale sur l’importation fragilisera la protection sociale:

  • La recette d’une taxe douanière est plus aléatoire que les cotisations sociales prélevées sur les salaires. En effet, le commerce international est très sensible à la conjoncture. En période de crise, les importations chutent brutalement, tandis que la masse salariale occupe une part stable dans la valeur ajoutée depuis 20 ans.
  •  En cas de diminution de nos importations, le rendement de la taxe douanière sera plus faible. Rien ne nous garantit que la hausse éventuelle de l’emploi local, donc des cotisations sociales, comblera le manque à gagner pour la protection sociale.

DG

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