Mélenchon et le protectionnisme internationaliste

Jean Luc Mélenchon est le candidat commun du Front de Gauche à l’élection présidentielle. Comme tous les hommes politiques, il cherche à séduire, émouvoir et convaincre. Il se dit le porte parole des « gueux » et refuse que l’on scande son nom en meeting. L’air grave, le regard lointain, comme annonçant de formidables orages, il s’écrie « je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas« . La « révolution citoyenne » est en marche, Mélenchon est  son oracle.

Synthétisons ce que dit le Front de Gauche en matière d’économie internationale

Un « protectionnisme altruiste »

Le protectionnisme figure dans le programme, mais dans une version plutôt light. Le programme prétend « combattre le principe du libre-échange de l’OMC », mais précise juste après qu’il ne s’agit pas de l’abolir mais de « le changer profondément‘, en donnant la priorité aux normes sociales et environnementales sur celles du commerce.

Le protectionnisme figure en tant que mesure d’urgence  dans un plan global  de « défense de l’emploi ouvrier ». Certes, le Front de Gauche préconise de taxer les produits réimportés et d’appliquer une pénalité sur les biens échangés proportionnelle au kilométrage parcouru.

Mais les recettes tarifaires seraient reversées aux pays du Sud, via un fonds de Co-développement. D’autres instruments, comme des pénalités fiscales envers les firmes qui délocalisent ou licencient, sont prévues.

L’interdiction des « licenciements boursiers« , le renouveau de la politique industrielle et la constitution d’un pôle financier public sont privilégiés en tant qu’outils de défense de notre industrie.

Toute la question est de savoir s’il est possible d’augmenter à la fois la production et l’emploi industriel.

Haro sur la finance

On retrouve tout l’attirail des mesures destinées à combattre la spéculation financière: contrôle et taxation des mouvements de capitaux de court terme, interdiction des transactions avec les paradis fiscaux, instauration d’une monnaie mondiale commune.

Une politique migratoire généreuse

Fidèle à une certaine tradition internationaliste, Mélenchon défend l’idée que l’immigration « n’est pas un problème« . Les lois votées depuis 2002 seraient abolies et l’on conforterait le droit au regroupement familial, tandis que les sans papiers seraient régularisés. L’accès à la naturalisation serait facilité.

Dans l’ambiance actuelle, le pari est courageux et distingue le protectionnisme made in Front de Gauche des propositions souverainistes.

Pour conclure

Le Front de gauche a fait le choix de ne pas donner la priorité au protectionnisme et il est assez intéressant de voir avec quelles précautions il manipule ce concept. Le Front de Gauche a la main beaucoup  plus lourde sur  la libéralisation des activités de réseaux (eau, rail, énergie), qu’il souhaite remettre en cause, comme s’il visait plus le principe de concurrence que la circulation des marchandises. Le coeur du programme est  à base de partage du temps de travail (« rétablir les 35 heures« ), de smic à 1600 euros bruts, la réhabilitation des services publics, de blocage des loyers ou de titularisation de 80 000 précaires de la fonction publique.

Plus importante lui paraît la question de l’indépendance de la Banque Centrale Européenne et son instrumentalisation au profit d’une « planification écologique ». Le retour aux riches heures du Programme commun sera-t-il jugé suffisamment crédible pour conjurer la tentation nationaliste?

DG

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2 Comments

  1. En écoutant J.L Mélanchon hier soir, jusqu’à 22h, j’ai regretté la mauvaise fois de « l’économiste » de BFM qui présenta le graphique suivant :
    La part des » salaires » en bleu et la part « investissements+profits » en rouge pour expliquer que toute chose égale par ailleurs, les ratios étaient pour ainsi dire inchangés … REgrouper investissements et profits est « criminel » puisqu’il n’explique pas ensuite que l’investissement retourne à l’entreprise et que les profits sont partagés entre les actionnaires !
    Or, il est de notoriété que les profits explosent au détriment des investissements.
    Et J.L Mélanchon n’a même pas été capable de relever le mauvais amalgame, un truc de débutant ! Il avait pourtant un argument en or pour démonter l’argumentaire adverse !

    S’il ne comprend même pas cela, comment va-t-il pouvoir convaincre sur le reste ?!

    1. Je ne suis pas fan du journaliste de BFm mais il est étonnant que Mélenchon découvre ce genre de graphique car en effet, si l’on prend la répartition de la valeur ajoutée brute entre salaires et profits, on observe une certaine stabilité à long terme. C’est encore plus vrai en termes de valeur ajoutée nette (hors amortisement), où l’on constate une règle de partage assez stable (80% salaires: 20% profits). Voir le débat entre Michel Husson et Denis Clerc sur ce point.
      Je n’ai pas entendu qu’il regroupait les investissements et le profits; mais il est vrai qu’on peut sinterroger sur l’affectation des profits (dividendes? intérêts? investissements?). Mélenchon a botté en touche de manière assez grossière, c’est dommage.

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