Quand Emmanuel Todd souhaitait la désindustrialisation

La désintégration économique par l’industrie

(…) Imaginons que chaque pays développé se lance dans un regain industrialiste frénétique, pour équilibrer ses comptes extérieurs et résister à la concurrence allemande ou japonaise.

Qu’obtient-on à l’échelle mondiale?

Parce que l’industrie est grosse consommatrice de matières premières, c’est évident, on provoque ainsi une hausse générale du prix de ces matières premières sur les marchés mondiaux, et par conséquent un nouveau déséquilibre des balances des paiements, appelant un surcroît d’efforts commerciaux.

La somme des rationalités nationales produit un prodigieux désordre à l’échelle mondiale (…).

Les activités tertiaires sont assez peu rentables sur le plan des exportations. Mais leur coût en matière première est très faible.

La tertiarisation du monde est donc une nécessité à court, moyen et long terme.

Seulement voilà, aucun pays développé ne peut s’engager seul dans cette voie, sous peine d’être défavorisé par rapport à ceux qui collent à la vieille logique industrialiste.

Le retrait du secteur industriel fait perdre des exportations à un seul pays, mais diminue la pression sur les stocks des matières premières mondiales pour l’ensemble des pays.

Il faut donc qu’une action concertée entraîne l’ensemble du monde développé dans le désarmement industriel, Allemagne comprise.

Emmanuel Todd, Le fou et le prolétaire (1979), p. 290.

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3 commentaires

  1. Très intéressant…

    Mais pas contradictoire ! Car si chaque pays européen devient une Allemagne industrielle, qui achètera ces produits ?

    La crise des dettes est une chose, la balance intra-européenne des importations et des exportations en est une autre. Et certainement liée comme l’affirme Helmut Schmidt « Nos excédents sont leurs déficits ». Et à l’horizon c’est bien la forte demande sur les matières premières qui va s’imposer. Sujet du livre « La décompression » de Philippe Dessertine qui se focalise plus sur la dette que la balance.

    Pas simple comme question… Et puis, soyons honnête, Todd (âgé de 28 ans à l’époque) a eu près de 33 ans pour changer de théorie. 3 ans plus tôt il annonçait la chute de l’empire soviétique (à 25 ans !). On peut lui accorder une faiblesse dans un domaine qu’il ne maîtrisait pas encore (l’histoire est sa discipline principale).

    Oui j’apprécie Todd 🙂

    1. Bien vu.

      J’ai publié cet extrait par malice, car j’aime bien Todd, mais aussi parce que son livre de 1979 est très original.

      Il y déploie une analyse psycho-démographique de la France qui vaut le détour.

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