Désindustrialisation de la France: déclin ou malchance?

Des quatre grands pays de la zone euro, la France est aujourd’hui le plus désindustrialisé.

Tel est le jugement de Patrick Artus, qui voit notre pays basculer du mauvais côté de la force, c’est-à-dire vers le « Sud » tertiaire et peu dynamique de l’Europe.

Ce jugement est assez injuste.

Reprenons les deux tableaux qu’utilisent (plus ou moins bien) P. Artus.

Ils comparent le poids de l’industrie dans l’emploi et la valeur ajoutée, en France, en Allemagne, en Espagne et en Italie.

A l’évidence, l’industrie française n’est pas en train de tirer sa révérence:

  • Les effectifs industriels régressent au même rythme en France et en Allemagne. En revanche,  le déclin est plus rapide en Italie et en Espagne, au point que ces deux pays perdent leur avance vis-à-vis de l’Allemagne et de la France.
  • La contribution de l’industrie à la valeur ajoutée progresse en Allemagne et recule en Italie et en Espagne.  En France, elle stagne.
  • Au total, l’industrie française occupe une place intermédiaire: l’emploi chute comme ailleurs mais la production se maintient, tandis qu’elle régresse au Sud et augmente en Allemagne.

Malgré l’euro, les 35 heures et je ne sais quoi encore, l’industrie française ne disparaît pas: elle réalise des gains de productivité.

Dans le détail, on observe que la production industrielle de notre pays stagne dans tous les secteurs depuis dix ans, sauf dans ceux des biens d’équipements et des matériels de transport.

Cela doit nous mettre la puce à l’oreille…

En effet, il s’agit des secteurs  les plus mondialisés, dont le dynamisme est branché sur celui  des pays émergents qui expriment une forte demande en biens d’équipement.

Il se pourrait fort bien que l’industrie française, parce qu’elle se tourne plus vers l’agroalimentaire que la machine outil, soit victime d’une déveine historique plutôt que d’un épouvantable déclin.

On rejoindra tout de même Patrick Artus lorsqu’il affirme que le remède réside non pas dans le patriotisme économique (consommer local), mais plutôt dans la modification de l’offre industrielle française.

DG

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5 Comments

  1. Ceci me rappelle une histoire.
    A la fin du XIXème siècle, l’empire de sa gracieuse majesté s’est vu tailler des croupières par l’empire germanique, notamment en Amérique Latine, dans le secteur du mouchoir.
    Anecdotique, quant au secteur mais fort éclairant quant au choix stratégique et commercial des marchands.
    Les Anglais s’obstinaient à vendre des mouchoirs blanc de coton à une population locale qui préférait les imprimés proposés par les Allemands.
    Notre agro-industrie serait-elle dans cette même configuration ?

    1. Joli exemple. Je ne sais si dans l’agro, les produits français sont en retard d’une bataille. En revanche, le taux d’exportation est assez bas relativement aux biens d’équipement. De manière générale, l’industrie française souffre du manque de croissance en France

  2. Si j’en crois le livre que vous m’aviez recommandé, la croissance n’existe que parce qu’il y a des investissements et des biens d’équipements qui permettent l’innovation et la nouveauté commerciale … De nombreuses sociétés vivent sur leurs acquis sans envisager une « modernisation » … rappelez-vous les affaires Boussac et les maîtres de forges …

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