Nucléaire: la France privée de sortie

Part de l'énergie nucléaire dans la consommation d'électricité (2011)

Le débat entre Nicolas Sarkozy et François Hollande sur la place qu’il convient d’accorder à l’énergie nucléaire dans notre pays se résume à choisir entre la Lithuanie et l’Ukraine.

DG

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8 Comments

  1. Ce graphe occulte une part importante du débat. Et pas seulement parce que la centrale d’Ignalina est désormais fermée, ce qui fait que la Lituanie (sans h en français) ne produit plus d’électricité nucléaire.

    D’abord, le plan de Hollande consiste grosso merdo à fermer les réacteurs après 40 ans de service sans en remplacer aucun, ni faire aucun projet de remplacement. Si on regarde ce que donne ce plan s’il est appliqué à tous les réacteurs, on voit qu’effectivement aux alentours de 2025, à production d’électricité constante, la part du nucléaire est d’environ 50%. Mais la part du nucléaire varie fortement autour de cette date, et vers 2035, la France a quasiment arrêté de produire de l’électricité nucléaire. Se pose alors la question de savoir ce qu’on fait pour après 2025. On peut envisager de prolonger la durée de vie des réacteurs en service, après tout les Américains ont autorisé la majorité de leur parc à fonctionner 60 ans. On peut aussi relancer la construction de réacteurs, mais on atteint quelque chose de l’ordre de ce qui a été fait à la fin des années 1970 en France et qui est un record. Comme les délais de construction de grandes infrastructures se sont sans nul doute allongés, on ne pourra sans doute pas le refaire. C’est pour ça que si on veut vraiment s’arrêter à 50% d’électricité venant du nucléaire, il est assez malin soit de dire maintenant qu’on va prolonger certains réacteurs jusqu’à 50-60 ans voire plus, soit de commencer à construire des réacteurs à un rythme raisonnable dès maintenant pour prendre un peu d’avance sur la falaise des années 2020-2030.

    Ensuite, l’accord contient la phrase suivante: « Un acte II de la politique énergétique sera organisé d’ici la fin de la mandature pour faire l’examen de la situation et des conditions de la poursuite de la réduction de la part du nucléaire ». Comme vous pouvez le constater, il n’est pas question de s’arrêter à 50%, mais que de continuer dans la même direction. Il est aussi écrit que la recherche industrielle sur le nucléaire va s’arrêter au CEA. Donc pas de Génération IV en France, on ne veut pas voir ce que ça peut donner dans le futur. Bref, il ne s’agit visiblement pas de choisir entre Ukraine et Lituanie à long terme, bien de choisir nucléaire ou pas.

    Enfin, il y a le contexte politique. En signant cet accord, le PS dit qu’il choisit de s’allier à long terme avec les Verts pour gouverner. La fin du nucléaire est une revendication historique des Verts, à chaque accord de législature, ils demanderont à aller plus loin dans la réduction de la part du nucléaire ou à amorcer la décrue. Tous les 5 ans, on aura donc des demandes de fermeture de réacteurs ou de fin de chantier, et le PS en accordera à chaque fois une partie. Comme il faut un certain temps pour construire un réacteur, les risques politiques deviendront importants pour les industriels de juste démarrer la construction. Bien sûr, on peut penser que Hollande reviendra sur l’accord une fois élu, mais vu l’engagement idéologique sur la question, c’est très douteux.

  2. Donc François Hollande est un petit malin et Nicolas Sarkozy sait lire les programmes entre les lignes.
    Mais tout de même, tout ce que vous dîtes (fort bien) peut-être lu dans l’autre sens.
    Cette soif d’investissement que vous décrivez ne signifie-t-elle pas que rester dans le nucléaire s’effectue à coûts croissants en termes de renouvellement et d’extension des capacités de production?
    DG

    1. Je sens une certaine ironie dans votre réponse. Ce sont les Verts et le PS ont mis le chiffre de 24 réacteurs à fermer dans leur accord. Ça correspond en gros à fermer les réacteurs après 40 ans, vous pouvez vérifier. Si on prolonge la courbe, on arrive donc à bien moins de 50%. Et je n’ai pas inventé l’opposition farouche des Verts au nucléaire. Pour dire les choses clairement, je pense que c’est une arnaque de limiter la perspective à 2025, ce qui laisse au minimum un gros point d’interrogation.

      Je ne comprends pas trop votre question finale, vu que je dis qu’une solution peut être de prolonger les réacteurs jusqu’à 60 ans de durée de vie (peut-être pas tous, pour les renouveler progressivement ou choisir autre chose). Ça limite les investissements annuels à réaliser, quelque soit la solution retenue.

      Pour ce qui est de l’extension des capacités de production nucléaires, il faut aussi voir que c’est une solution au problème des émissions de CO2. Qui est un des buts officiels de la politique énergétique de tous les partis.

      Or un autre problème, c’est que les énergies renouvelables sont pas du tout crédibles sur ce plan. L’exemple du Danemark est parlant à ce sujet.

      Bref, pour ce qui est du changement climatique, on se tire plutôt une balle dans le pied. Garder le nucléaire au niveau actuel nous aiderait à diminuer la difficulté de la tâche. L’augmenter pour se passer de combustibles fossiles aiderait.

  3. Je serais très surpris que le PS s’engage vers une sortie du nucléaire, voilà tout.
    Voir ici pour une lecture entre les lignes de l’accord PS/verts: http://www.arnaudgossement.com/archive/2011/11/20/l-accord-verts-ps-et-l-energie-une-analyse.html
    La seule étude que je connaisse sur cette question indique que l’arrêt des réacteurs de plus de 40 ans nous mènerait à 20% d’énergie nucléaire (coût =434 milliards d’ici 2030), tandis que le scénario nucléaire à 70% coûterait 322 milliards. En bon artisan de la synthèse, Hollande préconise 50%, pour un coût de 384 milliards
    http://www.enerzine.com/2/12930+scenario-nucleaire-france-surcout-mds-euros+.html?posts_usersPage=2
    Le programme PS, suffisamment flou pour ne pas être appliqué avec ardeur, est donc un compromis, mais c’est déjà trop pour la majorité actuelle qui nous sert une défense hystérique de l’énergie nucléaire.
    Pour ma part, sans être écologiste, j’ai grandi avec un vieux graffiti contre la centrale de Golfech que quelqu’un avait inscrit sur un mur en face de chez moi. La façon que l’on a , parfois, de vouloir éteindre toute contestation du tout nucléaire, ne me laisse pas indifférent.
    DG

    1. Bizarrement, aussi loin que je me rappelle, j’ai eu l’impression que c’étaient les anti qui avaient la tribune pour eux, mais bref.

      Vous citez une étude qui se termine en 2030. Déjà avec ce scénario de fermeture à 40 ans, on est à 20% seulement… Ce qui confirme ce que je vous dis sur l’aspect falaise. La lecture entre les lignes que vous proposez dit qu’il n’y a pas de calendrier de fermeture, c’est vrai, mais il y a une date butoir (2025). Vous dites que le programme peut être appliqué avec une ardeur relative, ou plus simplement remisé… Certes, mais les déclarations publiques sont les seules choses dont nous disposons pour déterminer l’action future des gouvernants, c’est pourquoi dans mon premier commentaire je disais que quelques déclarations sur la suite des évènements après 2025 auraient été très éclairantes. Pour l’instant, cet accord me paraît indiscernable d’une sortie pure et simple ou d’une stabilisation à 50% (et c’est sans doute pour ça qu’il s’arrête en 2025) si on ne lit que la phrase sur les réacteurs à fermer.

      L’étude que vous citez dit aussi que le nucléaire est toujours moins cher. Je ne comprends donc toujours pas votre question…

      Pour le reste, je retiens bien que nous n’avons pas du tout la même lecture de l’accord.

  4. Notre petite discussion m’a poussé à lire l’accord PS Vert, qui confirme mon intuition.

    L’accord prévoit la fermeture progressive de 24 réacteurs mais…

    -cette évolution intégrera le « nécessaire équilibre offre demande ».

    -rien ne dit que l’intégralité des réacteurs de plus de 40ans seront fermées. Les critères de fermetures sont pluriels: l’ancienneté, le manque de sécurité, la localisation géographique à risque. Or, il apparaît qu’en 2025, 34 auront atteint ou dépassé 40 ans
    http://www.dissident-media.org/infonucleaire/SV_n1038_mars2004.pdf .

    Finalement, c’est un peu comme le programme commun pcf/ps. On connaît la suite non?

    A votre place, je ne prendrais pas cet accord au pied de la lettre.

    DG

    1. Un point peut-être de détail sur le programme commun: c’était pour l’élection de 74, pas pour 81, où il y eut une dispute pour se détacher des communistes. Cela dit, ça n’a pas empêché Mitterrand de nationaliser certaines entreprises, d’augmenter fortement le SMIC … avant de faire demi-tour au bout de 2 ans, c’est vrai.
      Je ne partage pas cette analyse, le PC a amorcé son déclin après mai 68 en France. Pour preuve, les activistes d’extrême gauche sont allés direct au PS pour faire de la vraie politique (Jospin…). Les Verts sont plutôt sur une pente ascendante.

      Pour ce qui est de la durée de vie, j’ai fait mon propre décompte à partir de la page liste de wikipedia
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_r%C3%A9acteurs_nucl%C3%A9aires_en_France
      Si je prends comme référence la première connexion au réseau, je trouve 32 réacteurs de plus de 40 ans fin 2025, 27 fin 2024, 23 fin 2023. Le truc c’est que si on prend comme base de départ le début de l’exploitation commerciale ça reporte de 3 à 9 mois la date de départ du décompte. Cela dit dans tous les cas, on reste dans l’ordre de grandeur des 40 ans. Le vrai problème de clarté dans ce domaine, c’est qu’il aurait fallu donner une part pour une échéance plus éloignée.

      Pour ce qui est de prendre l’accord au pied de la lettre, c’est sans nul doute votre position qui doit dominer parmi les observateurs, il faut bien le reconnaître.

  5. Oui, donner une part pour une échéance plus éloignée aurait clarifié la volonté réelle des signataires de l’accord.
    Certes, les socialistes ont nationalisé à tour de bras (en indemnisant les actionnaires),mais il s’agissait d’un ultime sursaut de colbertisme, partagé par pas mal de gens à droite à l’époque. Les français se sont bien gardé d’envoyer les socialistes au pouvoir dans les années 70, quant la contestation sociale était forte et que le nombre d’ouvriers continuaient d’augmenter (jusqu’en 1977).

    Les verts, comme les communistes cherchent à entrer dans le grand jeu politique.
    Après tout, le PCF était un parti pragmatique (communisme municipal, mise au pas des grévistes en 68, volonté d’intégrer les ouvriers aux classes moyennes).
    Les écologistes cherchent à s’institutionnaliser. Ils vont y parvenir car ils posent plus de problèmes aux socialistes que n’en posaient les communistes car ils disputent au PS les suffrages des classes moyennes, électorat plutôt de gauche mais versatiles, tandis que la SFIO/ PS et le PCF avaient fini par évoluer sur deux électorats distincts.

    Quand l’Allemagne en aura fini avec le nucléaire, quand il n’y aura plus d’uranium et qu’une centrale de 60 ans aura explosé,alors là, peut-être, nous nous réveillerons dans un pays sans nucléaire.

    DG

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