Franco, pionnier du néolibéralisme

 

A l’heure où l’Espagne se débarrasse des dernières statues du Caudillo, trois économistes se penchent sur le bilan économique du régime franquiste.

A partir des années soixante, le dictateur aurait eu la bonne idée de suivre les conseils du FMI et d’éliminer les  « distorsions macro-économiques » qui faisaient obstacle au progrès économique.

Le « boom » des années soixante fut précédé par la libéralisation des échanges,  le choix d’un taux de change plus réaliste, l’orthodoxie budgétaire et monétaire,  le toilettage des procédures administatives et le début d’une ouverture aux investissements directs étrangers.

A tout cela,s’ajoute un plan de stabilisation macro-économique drastique en 1959.

Les auteurs s’émerveillent qu’un tel programme ait fonctionné dans un contexte dictatorial: « Our results confirm that successful stabilisation programs are possible under authoritarian political regimes« .

A l’évidence, l’Espagne se portait mieux en 1975 qu’en 1939.

PIB par habitant relatif de l’Espagne entre 1939 et 1975 (1=Europe de l’Ouest)

Au cours de cette période, le pays divise par deux son retard économique vis-à-vis de l’Europe de l’Ouest (cf graphique ci-dessus).

Pour nos économistes, Franco n’aurait pas laissé un tel bilan s’il n’avait suivi à la lettre les conseils du FMI.

D’après leurs calculs, le boom économique doit tout à l’abandon du dirigisme et du protectionnisme des débuts de l’ère franquiste, ainsi qu’ au plan de stabilisation monétaire de 1959.

Sans cela,  l’Espagne aurait connu un choc brutal en 1960.

Le « boom » des sixties aurait  tout juste  permis de rétablir le PIB moyen  relatif à son niveau de1945 (courbe rose).

L’ouverture commerciale et financière aurait permis un net rebond (courbe verte), renforcé par les bonnes pratiques de l’orthodoxie macro-économique (écart entre la courbe verte et la courbe supérieure).

Il est dommage que l’étude trace une frontière aussi étanche entre économie et politique, comme si les remèdes libéraux constituaient la politique optimale.

Le coût de la non démocratie n’est pas abordé.

On nous suggère que le contexte géopolitique (le petit dictateur de Madrid obtint le soutien des Etats-Unis) pallia les quelques défauts de gouvernance du régime.

Les auteurs notent que le maintien des contrôles de capitaux (Bretton Wood oblige) mit le pays à l’abri des mouvements spéculatifs erratiques. Franco n’aura pas connu le sort d’un Suharto en Indonésie.

Bref, on nous vend l’idée que Franco a eu un peu de chance, ce qui n’est pas faux.

Pourtant, il me semble que seule une dictature féroce peut à la fois enfoncer un pays dans le marasme pendant 14 ans (1946-1960) pour imposer, au dernier moment, un remède de cheval dont les auteurs ne décrivent pas le coût social.

Une démocratie n’aurait-elle pas fait mieux?

L’idée que véhicule ce papier, à savoir que l’économie est une affaire de techniciens,  a un je ne sais quoi de glaçant.

D G

Leandro Prados-de-la-Escosura, Joan R. Rosés, Isabel Sanz Villarroya, « Stabilization and growth under dictatorship: lesson’s from Franco’s Spain« , Vox, 22 mars 2010; (pour l’article dans sa version complète voir ici).

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