Interdire les délocalisations?

Le journaliste François Ruffin, de la revue Fakir, prend la défense du protectionnisme dans les colonnes de Libération.

Taxer les entreprises qui délocalisent ou imposer des quotas d’importations, voici le remède qui est proposé pour porter secours au monde ouvrier:

Le libre-échange n’est qu’une option économique, mais elle (la gauche) en a fait une valeur morale, en assimilant les métissages culturel et économique.

Monsieur Ruffin ne croit pas si bien dire en évoquant le métissage.

En effet, délocaliser consiste à réimporter des pièces et composants pour les intégrer dans  nos exportations.

Le cours nouveau de la mondialisation, c’est le mélange des avantages comparatifs.

Et c’est bien ce qui change tout.

Parce que la division internationale du travail a atteint une intensité inconnue dans l’histoire, on y regardera à deux fois avant de brandir le droit de douane patriotique.

En effet, interdire les délocalisations exposerait l’économie française à des risques inédits de représailles.

Tout d’abord, la Chine pourrait reconsidérer la présence de nos entreprises sur son sol. N’oublions pas que la France produit et vend en Chine deux fois et demi plus qu’elle n’exporte vers ce pays.

Dans  un contexte de saturation de la consommation de biens industriels, il est inévitable que les centaines de millions de travailleurs chinois ou indiens s’insèrent dans la division du travail à un niveau plus fin qu’autrefois.

D’autre part, les multinationales étrangères sises en France, qui contrôlent une part importante de notre activité industrielle, risquent de ne plus investir chez nous, s’il leur est interdit d’y réimporter des produits. L’un des arguments du protectionnisme, qui réside dans l’incitation donnée aux étrangers pour qu’ils investissent chez nous, devient caduc.

Enfin, le risque de délocalisations ne  concerne pas quelques secteurs en déclin mais la majeure partie des activités  de production. C’est un problème, mais justement,  s’en protéger nous conduirait à clôturer l’ensemble de notre économie, alors que dans les années 70 ou 80 le protectionnisme pouvait être cantonné à des secteur précis.

Que faire?

3 choses: équilibrer, prévenir, guérir.

Equilibrer, c’est négocier avec les émergents un meilleur accès à leurs marchés, en échange de ce que nous leurs concédons. C’est à cela que servent l’Europe ou l’OMC.

Prévenir, c’est renforcer le droit social et le rôle des syndicats aussi bien chez nous  que dans les pays européens vers lesquels migrent nos firmes industrielles. La demande de protectionnisme est l’arme ultime des salariés qui ne parviennent plus à se faire entendre. Paradoxalement, on observe que les régions les plus syndicalisées sont également celles qui attirent le plus d’investissements étrangers car les pouvoirs publics compensent les entreprises en offrant de généreuses subventions. Quant à la politique industrielle, elle a également son mot à dire pour limiter la course aux bas salaires.

Guérir, c’est redistribuer du revenu ou du capital aux salariés qui sont victimes des délocalisations. Même s’ils sont peu nombreux, par rapport aux salariés dont les entreprises ferment ou se restructurent en interne, ces salariés doivent être compensés. Puisque la division du travail crée tant de richesses, utilisons les à bon escient.

Le débat sur le protectionnisme ne sera pas inutile s’il nous oblige à réintroduire la notion de risque social dans le débat. A l’heure où les chômeurs sont renvoyés à leur responsabilité personnelle, je veux voir dans la demande de protection commerciale un appel indirect à plus d’Etat social.

Négocier durement avec certains pays émergents n’est pas interdit, mais faire croire que nous reviendrons au bon vieux temps où 80% de la production automobile ou mécanique étaient concentrés au Nord est un leurre.

DG

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4 Comments

  1. « N’oublions pas que nous exportons vers la Chine autant que nous lui vendons sur place. »

    Cette assertion mériterait d’être développée.
    Au « doigt mouillé », je ne la partage pas, pour les motifs suivant :
    – il n’existe pas de réciprocité de libre installation d’entreprise en Chine
    – d’important droit de douane grève les produits d’importations
    – est-il possible d’assimiler, juridiquement, à une « entreprise étrangère » une « joint-venture » installée en Chine ?
    – nos industriels se plaignent des contrefaçons qui nous reviennent, ainsi que des copies de produits destinés tant au marché intérieur chinois qu’à l’exportation.

    Je ne doute pas que vous trouverez les chiffres qui étaieront votre annonce.

  2. J’ai retrouvé dans mes archives ceci:

    -Les statistiques d’UBI FRANCE, reprises dans Les chiffres du commerce extérieur http://lekiosque.finances.gouv.fr/Appchiffre/etudes/tableaux/EE_13.pdf

    En fait, les 1800 implantations françaises en Chine vendaient sur place, en 2006, deux fois et demie plus que le France n’exportait vers ce pays.

    -Le livre blanc sur le défi des investissements français en Chine
    http://lekiosque.finances.gouv.fr/Appchiffre/etudes/tableaux/EE_13.pdf

    On trouve dans ce document une précision: la majorité des implantations françaises sont à 100 % détenues par des résidents français.

    Si l’on souhaite retrancher la part de capital détenue par les chinois, il faudra également retrancher celle des entreprises qui exportent à partir de la France….ce qui n’est pas négligeable!

  3. Merci .
    Etonnamment, UBI FRANCE évoque l' »activité des filiales étrangères implantées en Chine » mais ne précise pas leur statut juridique, surtout selon le droit interne chinois. Cela sera mon regret.
    Du coup, je vous ai trouvé ces liens:
    formes juridiques d’implantation :
    http://francais.chinaorbit.com/chine/chine-economie/creer-societe-chine.html
    http://www.latribune.fr/entreprises-finance/publi-redactionnel/abc-luxe/20110201trib000597762/s-implanter-en-chine-pieges-et-succes.html
    Que signifient les chiffres chinois, dossier du Monde de 2004 :
    http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/eh/f/cause/lectures/chine_l%27atelier_du_monde.htm
    Qui est implanté en Chine :
    http://fr.transnationale.org/pays/chnp.php

    Voila,voila!

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