Ce dont la démondialisation est le nom

Après le succès médiatique de la mondialisation, voici qu’il nous faut subir celui de la démondialisation.

Je formule l’hypothèse que la démondialisation est un avatar de l’ancestrale peur du progrès technique.

Comme les robots, la division du travail, nationale ou internationale, n’est qu’un moyen de produire plus avec autant de travail.

La seule différence est qu’il s’agit d’une innovation sociale qui modifie l’organisation spatiale du travail.

La crainte du progrès technique est naturelle, mais elle est souvent mauvaise conseillère.

En effet, beaucoup de gens sont convaincus qu’il n’y aurait pas autant de chômeurs si l’on remplaçait  moins souvent les hommes par des machines.

A court terme, cette idée n’est pas entièrement fausse. A long terme, on sait bien que ce n’est pas le cas.

De plus, casser des machines, c’est laisser en l’état les rapports sociaux qui ont transformé une prouesse technique en cause temporaire de chômage.

De la même manière, vouloir briser la complémentarité des nations c’est ne pas voir que, dans un contexte différent, celle-ci peut créer des richesses bénéfiques à tous.

Le plus choquant n’est pas que nous partagions nos avantages comparatifs avec les chinois ou les indiens, mais que cela s’effectue sans compensation sociale digne de ce nom, sans baisse de prix équivalente et surtout,  en laissant croire aux uns qu’ils sont trop payés, tandis que les autres sont exploités*.

Cela ne veut pas dire qu’il faut accepter toutes les délocalisations, lorsque d’autres innovations sont  possibles. Mais refuser l’ouverture commerciale par principe, c’est basculer dans la décroissance ou bien transférer à l’échelle nationale ou continentale la division du travail que l’on  supprime à l’échelon supérieur.

Dans le premier cas, la démondialisation est l’autre nom du rejet du progrès technique.

Dans le second, il s’agit d’un nationalisme un peu étroit et prêt à tout accepter des employeurs, pourvu qu’il soient bien de chez nous.

DG

*La notion d’exploitation a quasiment disparu du discours économique. Les  économistes classiques, qui avaient des yeux pour voir, n’avaient pas ce genre de pudeur. La théorie de David Ricardo explicite le processus par lequel un avantage comparatif devient un avantage compétitif (en termes de prix). Il suffit pour cela que le salaire relatif vis-à-vis du reste du monde soit inférieur à l’avance relative en termes de productivité. De ce point de vue, les salariés du secteur exportateur subissent une exploitation relative. Par exemple, un ouvrier français 10 fois plus productif que son homologue chinois ne sera payé que 8 fois plus, afin que sa production reste compétitive aux yeux du marché. Une autre version de la théorie ricardienne nous dit que les industriels profiteront de l’importation de blé à moindre coût pour réduire les salaires nominaux. Comme c’est charmant.

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3 commentaires sur “Ce dont la démondialisation est le nom

  1. En commençant à lire, la mise en page m’a fait croire que le billet était un poème sur la mondialisation. C’eut été original 😉

  2. Pour la pudeur des « exploiteurs », aujourd’hui il s’agit plus tôt d’hypocrisie, comme l’explique G.K. Galbraith dans « les mensonges de l’économie ».

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