Nations et mondialisation

L’économie capitaliste est aussi fondamentalement un système a-national; et pourtant elle ne peut s’exprimer qu’à travers des trajectoires capitalistes nationales.

Les transactions marchandes ne peuvent se développer que s’il existe un système préexistant d’institutions, qui détermine les formes prises par les droits de propriété et leurs modes de vérification.

Les institutions sont historiquement logiquement et théoriquement antérieures au marché. Pour que le marché, puisse produire de lui-même, spontanément, les règles dont il a besoin il faudrait vérifier que les comportements des agents soient fondées sur des préférences (ou des structures de préférences) indépendantes du contexte,transitives et monotones, hypothèses invalidées dans des tests répétés.

L’antériorité fondamentale des institutions suggère alors l’importance des cultures nationales, avec leur individualité propre en ce qui concerne le concept du droit et ses modalités d’application, le rôle de la décision collective, la place et la forme que prennent les administrations publiques. La compétition entre les pays valide l’existence d’une forme cohérente de combinaison entre cette dernière et la culture nationale, et de la possibilité historique que chaque pays a eue (ou n’a pas eue, dans le cas des pays colonisés ou dominés) de développer une telle combinaison.

Alors même que l’extension de l’économie capitaliste devrait conduire au dépassement des nations cette extension passe par un conflit entre les nations et un approfondissement de la territorialisation des relations économique capitalistes. La conquête de positions dominantes permet alors à une économie nationale de dégager des revenus supplémentaires (des rentes) qui renforcent la cohérence de sa combinaison nationale ; en conséquence le pays dominant utilisera toujours l’argument du libre-échange pour tenter de garantir sa position.

Ceci, en retour, pousse les autres pays à tenter de limiter les effets de la concurrence capitaliste dont ils sont les victimes. Ce processus les conduit aussi à rechercher et approfondir les compromis et combinaisons nationales.

L’extension d’un système unificateur procède ainsi de la désunion et de la segmentation.

Jacques Sapir, Le capitalisme au regard de l’autre (1999).

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