Le populisme ou la révolte de l’électeur médian

Le XXIième siècle sera-t-il celui du populisme?

D’Amérique Latine en Europe, les discours qui opposent l’homme de la rue aux élites ont le vent en poupe.

D’où vient cette tendance contagieuse à la simplification?

Trois économistes proposent une explication en termes de stratégie électorale rationnelle.

Ils partent d’un paradoxe.

Selon Daron Acemoglu, Georgy Egorov et Konstantin Sonin, le populisme est une politique radicalement redistributive qui reçoit le soutien électoral d’une majorité d’électeurs alors qu’elle nuit au bien-être du plus grand nombre.

Dérapage cognitif?

Non point.

Les auteurs nous invitent à appréhender le populisme comme une réaction de défense du corps électoral dans un contexte de polarisation sociale exacerbée et de corruption du personnel politique.

Les électeurs sont las des fausses promesses et de voir leur élus tomber tout cru dans la main d’une infime oligarchie, une fois l’élection passée.

Echaudés, ils attendent des garanties et sont prêts à en payer le prix.

Redistribuer agressivement les richesses, multiplier les dépenses et les déficits publics, tout cela nuit aux intérêts de l’électeur médian, celui qui fait l’élection.

Mais ce dernier préfère encore cette erreur au règne sans vergogne de l’oligarchie et de la corruption.

Dès lors,  la plupart des candidats, y compris les modérés et les conservateurs, proposent des réformes radicales pour signaler aux électeurs qu’ils ne sont pas corrompus.

Pour résumer, un candidat populiste ne joue pas sur la crédulité du public  afin de tromper son monde, mais vise tout simplement à reconquérir une légitimité démocratique.

Ce travail semble correspondre assez bien à l’Amérique Latine (Chavez au Vénézuela, Correa en Equateur, Kirchners en Argentine, Morales en Bolivie).

Il en va autrement en Europe et aux Etats-Unis, me semble-t-il.

Les institutions démocratiques sont plus solides et les plateformes politiques les plus tonitruantes sont celles qui jouent sur l’envie de ne pas redistribuer les richesses aux plus pauvres.

DG

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2 commentaires sur “Le populisme ou la révolte de l’électeur médian

  1. « les plateformes politiques les plus tonitruantes expriment le souhait de ne pas redistribuer les richesses aux plus pauvres »
    Sans doute si vous pensez à l’extrême droite. Mais concernant l’autre extrémité, la redistribution, même par collectivisme, laisse supposer que le « pauvre » en retirera quelque chose, non ?

    Pour le populisme, en l’assimilant à la démagogie, certains candidats annonent des dogmes économiques à l’inefficacité patente dans le seul but de paraitre « responsable et sérieux », afin d’espérer l’alternance. C’est peut-être-là la version européenne du populisme latino-américain …
    Pour justifier ma réflexion, je me base sur le cas grec et l’annonce du plan de rigueur français.
    Malgré tout, il est important de savoir lire entre les lignes chez les uns et les autres.

  2. Je pense en effet au populisme de droite, particulièrement odieux, qui attise le ressentiment de la majorité à l’encontre des plus précaires et a été analysé par l’économiste Alesina, si mes souvenirs sont bons.
    A l’autre extrémité, on trouvera des partis de gauche radicale comme par exemple le parti de gauche chez nous, qui préconise un taux marginal d’imposition de 100% au delà d’un certain revenu, (avec Roosevelt c’était 85%, avec moi 100%, dixit Mélenchon).
    La différence avec l’amérique latine, c’est que le discours de gauche radicale, et les propositions afférentes, n’accèdent pas au pouvoir et ne mobilise pas beaucoup.
    Le cas du plan de rigueur dont on se targue pour faire sérieux est assez différent. Il s’agit de briller aux yeux des marchés financiers. Par nature, les populistes, de gauche comme de droite, font peu de cas de l’équilibre budgétaire (pensons à Reagan).
    En revanche, il existe une tendance démagogique à dénoncer avec outrance les dangers de l’endettement public (l’état trop dépensier et patati et patata, la peur de l’inflation). Je sais que Keynes y pensait lorsqu’il faisait remarquer que les démocraties ont du mal à maintenir durablement un effort de relance budgétaire. On peut flatter l’opinion avec cela mais je ne sais pas si nous ne sortons pas de la définition classique du populisme (peuple vs élites).
    DG

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