Qui sème l’austérité récolte la tempête

Pourquoi les gouvernements évitent-ils, aussi longtemps qu’ils le peuvent, de tailler dans les dépenses publiques?

Parce qu’ils ont un instinct de survie.

Jacopo Ponticelli et Hans-Joachim Voth ont étudié la façon dont la population réagit aux plans d’austérité.

Leur étude empirique montre qu’un diminution de dépenses publiques d’au moins 1% accroît la fréquence des grèves, des manifestations de masse, des émeutes, voire des épisodes révolutionnaires.

Augmenter les dépenses publiques provoque un effet inverse, mais de moindre ampleur.

Avis aux amateurs, donc.

Les auteurs confirment l’existence d’un lien positif entre croissance et troubles sociaux, la diminution du chômage devant certainement donner des ailes à la contestation.

J’aime assez le graphique ci-dessous, qui illustre l’évolution du degré d’instabilité socio-politique entre 1919 et 2009 pour 26 pays européens.

La partie sombre correspond au nombre moyen d’évènements par pays.

Ne trouvez-vous pas que les années 1994-2009 ont été étonnement calmes?

Les auteurs de l’article le pensent également.

DG

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6 réflexions au sujet de « Qui sème l’austérité récolte la tempête »

  1. En tant qu’historien (et absolument non compétent pour juger de la démonstration mathématique des auteurs), ce genre de travail me laisse extrêmement dubitatif. Le papier tout entier repose sur une base statistique qui me parait (forcément) biaisée, de par son origine (le NYT, mais pourquoi lui, quels effets causés par un regard américain – hypothèse comme ça : cela ne pourrait-il par exemple pas à surestimer les conflits sociaux de la période de guerre froide ?) et sa nature même (émeutes, tentatives d’assassinat, manifs… autant de formes qui n’ont ni la même signification ni la même importance sociale).

    Bref, beaucoup d’énergie pour construire sur de sable, puisqu’au final on a la confirmation d’une idée assez intuitive, mais pas beaucoup d’idées en plus sur le lien logique entre les deux séries de fait (les coupes budgétaires/les troubles)

  2. Le New York Times a été choisi, j’imagine, pour sa bonne couverture des évènements internationaux, mais aussi parce que les auteurs n’avaient pas tant d’énergie au point d’éplucher la presse de 26 européens. Ceci dit, je suis d’accord avec vous, une note des auteurs motivant leur procédure aurait été bienvenue. Le NYT a sa vision, qui peut changer selon les époques et les pays. Les auteurs ont retenu les évènements les plus spectaculaires, ceux dont l’impact politique est majeur (émeutes, grèves générales) et dont l’écho franchit les frontières. Cela ne rendait pas utile à leurs yeux la multiplication des sources d’information. On peut les comprendre.
    En effet, les évènements en question sont très différents. Les auteurs auront souhaité disposer d’un nombre significatif d’observations. Pour leur défense, ces différents troubles sociaux sont, me semble-t-il fortement corrélés.
    On retrouve le pécher mignon des économistes, qui est de tout quantifier. Du PIB aux indicateurs de criminalité ou de troubles sociaux, on est dans la même logique. On nivelle forcément les évènements.
    Je leur ferais également le reproche de ne pas avoir proposé (ou rappelé) des pistes explicatives.Par exemple, en reliant état providence et démocratisation, en prenant soin de montrer la signification des baisses de dépenses budgétaires en termes de dépenses sociales.
    Pour ma part, j’aurais bien aimé qu’ils analysent la couleur politique des gouvernements qui mettent en place des plans de rigueur. Sont-ce plutôt des gouvernements conservateurs, ou l’inverse? Perdent-ils les élections ultérieurement?

    DG

  3. Pour la période 1994-2009 j’ai un soucis.
    De mémoire, cette période a été dure socialement avec la grève des transports en commun avec réquisition de l’armée pour desservir la capitale durant un hiver particulièrement rigoureux … Deux années de suite au moins,les routes ont été bloquées plusieurs semaines (SNCF,chauffeurs routiers, agriculteurs …) et l’opinion publique soutenait les revendications même si cela mettait le bazar …
    Passée la réforme des retraite des cheminots et la réforme de l’exercice du droit de grève avec les réquisitions, le service minimum et le salaire amputé pour la journée dès la 1ere heure de grève constatée, alors oui, l’agitation sociale s’est raréfiée, fonctionnaires et privés craignant tous pour leur emploi …
    Du coup, il y a eu moins de mouvements mais plus durs et plus longs (CPE, retraite …) et parfois organisés différemment (défilés le dimanche).
    Il est également à noter que les suicides dans les entreprises ont alors pris le relai.

    Fultrix.

  4. Vous avez raison. En France, les conflits se multiplient ces dernières années et se radicalisent.
    Mais il s’agit ici d’une moyenne pour 26 européens ainsi que du niveau de contestation maximum dans le pays le plus turbulent.

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