L’anomalie des exportations allemandes

Les performances commerciales de l’Allemagne sont une vieille histoire.

Depuis 40 ans, ce pays manifeste une forte ouverture internationale fondée sur de solides avantages comparatifs industriels.

On le vérifie aisément dans le graphique ci-dessus: entre 1970 et 2008, l’Allemagne se situe systématiquement au dessus de la bissectrice, ce qui signifie que sa part dans les exportations européennes est supérieure à son PIB relatif. A contrario, la France et l’Italie sont tournées  vers leur marché intérieur.

Cependant, depuis cinq ans, le secteur exportateur allemand connait une hypertrophie  en totale contradiction avec l’évolution du PIB relatif de ce pays.

C’est le constat que formulent Jean-Charles Bricongne, Lionel Fontagné et Guillaume Gaulier: il faudrait que l’Allemagne retrouve sa part du PIB européen de la première partie des années soixante (au dessus de 23%), pour justifier sa part actuelle dans les exportations (CAE, complément C).

Une caractéristique supplémentaire du modèle exportateur allemand est son instabilité.

En effet, contrairement à la France et à l’Italie, qui  suivent une trajectoire à peu près linéaire, l’Allemagne passe par une succession de phases hypercompétitives (1973-1977, 1986-1988, depuis 2003) et sous-compétitives (1989-1997).

On peut se demander pour quelles raisons la phase actuelle s’est prolongée au delà de ce qu’exigeait la correction des effets de la réunification allemande.

L’austérité salariale a-t-elle permis aux entreprises allemandes d’accroître leurs marges et de développer la qualité de leurs produits? Le placement des excédents allemands dans les bulles immobilières qui sont apparues de ci de là en Europe a-t-il entretenu une croissance factice des marchés extérieurs?

Quoi qu’il en soit, en imposant des sacrifices budgétaires à toute l’Europe, l’Allemagne socialise les pertes d’un modèle dont elle recueille exclusivement les bénéfices.

DG

Publicités

6 commentaires sur “L’anomalie des exportations allemandes

  1. L’Allemagne pratiquerait donc une méthode déjà éprouvée par les banques lors de la crise des subprimes ?
    Si oui, indignons-nous !
    Et le fait que Standart &Poor’s annonce que le plan de financement de la dette grecque cache un défaut de paiement devrait présenter un gros soucis pour l’Allemagne et ses banques. Pourquoi alors un tel acharnement ? Est-ce pour mieux « mutualiser » et tout reporter sur des dettes souveraines européennes (rattachées à l’UE et sa BCE )?
    Une nationalisation des banques permettrait-elle de couper l’herbe sous le pied des « financiers » ?
    Fultrix.

    1. Il est quand même curieux qu’une crise déclenchée aux Etats-Unis aie eu des effets aussi graves en Europe.Cela donne une idée des « excès » financiers qui n’ont pas épargné l’Europe.
      Les banques européennes ont déjà commencé à se délester de la dette grecque. Il me semble que les marchés veulent des garanties avant de continuer à prêter. Les Etats s’engagent à ce que leurs anciens prêts soient remboursées et leur proposent de nouveaux titres de dette grecs étalés sur 30 ans (plan français). Mais à l’arrivée, c’est le contribuable qui devra mettre la main à la poche.
      Pourquoi pas, en effet, réhabiliter un secteur bancaire public. Dans l’idéal, le privilège de créer de la monnaie ne devrait pas être confié exclusivement à un secteur privé aussi irresponsable. Mais la perspective est hautement improbable à l’échelle des 27. Peut-être pourrait-t-on prévenir les catastrophes. Au minimum, en harmonisant les règles nationales qui encadrent les investissements immobiliers. Au mieux, en avancant vers un système d’emprunts obligataires européens, ce qui donnerait un coup de pouce à la construction politique.

  2. Il est clair que le modèle fortement exportateur de l’Allemagne n’est pas extensible au reste des pays européens.

    Les Allemands étaient aussi bien contents de vendre leur produits à la Grèce quand elle empruntait à ses banques.

    Reste à savoir si les seule politique d’austérité fiscale et de désinflation compétitive sont responsables de ces fortes exportations.

    D’après Artus, pas vraiment : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=58990

    1. Oui, vous faîtes allusion à l’idée d’Artus, selon laquelle il faudrait évaluer les coûts de production de l’industrie allemande en tenant compte de la totalité de ses coûts, y compris les intrants importés des pays à bas salaires.
      En effet, si l’on s’en tient au différentiel de coût horaire de la main d’oeuvre qui réside et travaille en France et en Allemagne, l’écart est modeste,surtout dans les entreprises de plus de 1000 salariés.
      Comme nous ne pourrons pas battre les allemands sur le terrain du coût salarial total (ce qui n’est pas souhaitable, compte tenu du rôle de la dépense interne en France), il nous reste à copier les entreprises italiennes et à vendre plus cher des produits de meilleure qualité.

  3. A mon avis, la sur-performance allemande s’explique par la modération salariale, leur savoir-faire et le tissu de PME exportatrices d’une part mais également par de simples artifices comptables: c’est une économie de bazar qui exporte des produits non-finis, ce qui gonfle ses exportations. Par ailleurs, depuis 2003, la demande allemande a été si déprimée – la pauvreté a quasiment doublé – qu’ils ont dû batailler et donc remodérer les salaires pour exporter afin de trouver des débouchées.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s