L’impact du rapatriement des Français d’Algérie sur le marché du travail

Il n’existe pas beaucoup de travaux économiques consacrés au rapatriement des Français d’Algérie.

L’économiste Jennifer Hunt (1992), spécialiste américaine des questions migratoires, nous apprend que les 900 000 personnes qui rejoignirent la métropole en 1962 n’ont pas destabilisé  le marché du travail.

Certes, l’étude montre que le transfert de population explique 30% de la hausse du chômage entre 1962 et 1968.

Cependant, le nombre initial de chômeurs était très faible et le sous-emploi a concerné en premier lieu les pieds-noirs et quelques régions spécifiques. En 1968, le taux de chômage des rapatriés (4,5%) était deux fois plus important que celui des non rapatriés. Il atteignait même 8%  en Provence Côte d’Azur.

On aurait pu s’attendre à des conséquences plus graves car les pieds- noirs se sont installés en nombre dans les régions les plus ensoleillées*, qui étaient les plus exposées au chômage et offraient les salaires les plus faibles.

Qui plus est, la structure particulière de la population active (moins de salariés et plus d’indépendants qu’en Métropole) ainsi que le peu d’appétence pour les métiers de l’industrie, sous-représentés en Algérie, menaçaient de provoquer de profonds déséquilibres.

Or cela ne fut pas le cas.

En effet, le taux d’activité des pieds-noirs était inférieur à celui des métropolitains et les plus jeunes ont eu tendance à se diriger vers les régions à fort dynamisme économique (Paris, Rhône-Alpes) où ils se sont fondus dans les flux de migrations internes à notre pays. Quant aux plus âgés,  ils ont préféré s’installer dans le Sud du pays, ce qui a réduit la pression concurrentielle sur les chômeurs et les actifs de ces contrées.

Les pieds-noirs disposaient d’une dotation en capital humain favorable à leur intégration professionnelle (beaucoup de fonctionnaires et d’employés de bureau).

L’Etat a montré l’exemple puisqu’il a réalisé un tiers des embauches. Il a demandé également aux entreprises privées qu’elles signalent les emplois vacants et qu’elles les attribuent en priorité aux rapatriés.

Michelle Guillon (1974) note que l’accès à certaines professions (taxis, pharmaciens, infirmiers hospitaliers…) a été facilité par des mécanismes de discrimination positive.

Il faut ajouter que l’arrivée des Français d’Algérie a donné un nouvel élan à la construction de logements et à l’emploi des régions d’accueil.

Reste un facteur culturel, dont l’énoncé froissera certains rapatriés, mais qui a joué en leur faveur:

Si l’intégration a été plus poussée et plus facile pour les rapatriés que pour d’autres groupes (étrangers par exemple), c’est peut-être à cause de la situation antérieure des Français d’Algérie dans le cadre colonial. Malgré des attaches réelles avec l’Algérie, cette population parlant français et ayant un mode de vie très proche de celui des autres Français, n’était-elle pas d’abord une population française, plus étrangère en Algérie qu’en Métropole? (Michelle Guillon 1974).

D. Gouaux

*Joie de l’économétrie: 1 degré Celsius supplémentaire aurait accru la proportion de rapatriés de 0,25 points.

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