Nicolas Baverez, diva du déclin

L’historien Nicolas Baverez est un libéral de choc, qui en appelle à  radicaliser les réformes pour rompre avec le modèle social hérité des trente glorieuses.

Il s’est rendu célèbre avec son ouvrage La France qui tombe.

Depuis lors, les médias donnent un écho régulier à son discours, qu’il s’agisse de la presse (chroniques dans le Point) ou de la radio (France culture).

Dans ses interventions, Nicolas ne manque jamais de sonner le tocsin de la décadence avec la dernière énergie.

Par exemple, le 2 septembre 2010, il écrit que notre pays est menacé de déclassement en Europe et dans le monde.

Deux mois plus tard, en plein conflit sur les retraites, voici que la France est au bord de la guerre civile.

Si j’en crois une chronique de février, cela ne s’arrange pas, puisque le voici vitupérant contre la désintégration du tissu économique et l’euthanasie de la production marchande. 

C’est un fait, Nicolas Baverez parle fort. Seulement voilà,  il parle creux et l’ennui qui se dégage de ses écrits n’est pas le moindre de ses défauts.

Penchons nous sur quelques unes de ses thèses fétiches, que résume son article  France, ton économie fout le camp.

Déclin où es tu?

  • Où en sera la France en 2050, en termes de PIB?  Selon Price Water Houses, la France glisserait jusqu’au 11ème rang. D’après le CEPII, nous passerions de la 6ième à la 8ième place, ce qui moins rude que l’Italie et l’Allemagne (cf ci-dessous). Ce n’est pas si mal en ces temps de rééquilibrage mondial de la richesse. Qui plus est, selon PWH, nous gagnerions deux rangs en termes de PIB par habitant.
  • La bonne tenue de notre économie s’explique par le degré élevé de sa productivité et la dynamique démographique. D’ici 2060, la seule croissance démographique française expliquerait les 3/4 de l’accroissement de la population européenne. En 2060, la France compterait 14% d’habitants supplémentaires. Que dirait Mr Baverez si nous étions dans la situation de l’Allemagne, avec un cinquième de la population en moins?
  • La France couvre 95% de ses importations hors énergie. Elle maintient sa part de marché mondiale dans les produits de haute technologie (4,5%). Dans ce domaine, son excédent commercial (13 milliards d’euros) avoisinait celui de l’Allemagne avant la crise.

Le secteur public nuit-il à l’économie marchande ?

Baverez a la phobie de l’Etat.

Il croit que chaque euro de dépense publique est pris sur l’activité privée. En réalité, la richesse produite dans le secteur public s’ajoute à la richesse marchande. Il y a bien des raisons à cela, mais un fait méconnu réside dans le moindre coût de revient de cette production.

  • Le secteur public dépense beaucoup, mais il investit et redistribue plus qu’il ne consomme. En effet, la consommation publique, qui comprend les consommations intermédiaires et les salaires, pèse légèrement moins qu’aux Etats-Unis (18,3% du PIB, cf tableau ci-dessous). Eu égard à leur production, le coût salarial des administrations publiques et relativement faible, peut-être parce qu’elles embauchent une part plus importante de main d’oeuvre non qualifiée que le privé (Rapport du Sénat, B. Angels, 2008).
  • La majorité des dépenses publiques correspond à des dépenses sociales. C’est donc la redistribution qui gêne Mr Baverez. Or, la France redistribue intelligemment les richesses. Comme le démontre la dernière étude de l’OCDE sur les inégalités,  les plus pauvres sont chez nous mieux lotis qu’ailleurs dans le monde industrialisé, sans que le revenu des 10% les plus riches ne diffère de celui des privilégiés des autres pays. Un libéral comme Nicolas Baverez devrait être sensible à ce résultat très rawlsien. Ailleurs dans le monde, la croissance bénéficie plus souvent à une minorité, au point que les pauvres de ces pays se font certainement une autre idée du progrès que Mr Baverez.

Un coût du travail trop élevé?

Nicolas Baverez soutient  que les salaires français sont trop élevés.

Il se base sur des chiffres que l’Insee reconnait avoir surestimés. En réalité, nous sommes à niveau avec l’Allemagne.

Pourtant, une simple donnée aurait du mettre la puce à l’oreille de notre historien: on ne constate pas de tendance particulière des entreprises françaises à substituer des machines aux salariés.

Sur le long terme, la moindre capacité de l’économie française à créer des emplois est avérée. Des économistes comme Charles Kindleberger l’ont observée dès les années cinquante et soixante.

Plutôt que d’effrayer la population, Mr Baverez devrait s’atteler à l’éclaircissement de ce mystère.

DG

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5 commentaires sur “Nicolas Baverez, diva du déclin

  1. Mystère, mystère…

    Curieusement, il faut des périodes de croissance exceptionnelles pour que les entreprises créent massivement des emplois.

    La société française doit certainement trouver son compte à cette relative inertie ou prudence…du moins, tant que l’Etat a encore les moyens de subventionner l’emploi des jeunes.

    Je pense que ce phénomène résulte d’un comportement d’auto-protection des entreprises et des salariés en place. Les employeurs redoutent la conflictualité (pas de syndicat, hiérarchie d’un autre âge etc…) et sont réticents à former des gens dont ils ne savent s’ils resteront ou pourront les garder; les salariés,quant à eux préfèrent fonctionner en effectifs restreints. Comme on avance avec les freins serrés, seuls les salariés les plus secure sont embauchés (recrutement en interne ou de très diplomés).

    Certains économistes avancent également l’idée que la concurrence ne règne pas assez dans le secteur des services (hotellerie, taxis…)

    Il me semble qu’on a intérêt à inverser la devise républicaine, si l’on veut comprendre les rouages profonds de notre société. L’hypersélectivité règne à peu près partout,qu’il s’agisse de l’immobilier ou de nos grandes écoles. Les sociologues ont des choses à dire là-dessus.

    A partir d’un certain niveau de chômage, le phénomène s’auto-entretient (déqualification des chômeurs qui inspirent de moins en moins confiance, découragement, renonciation à proposer des offres d’emploi dont on pense qu’elles ne trouveront pas preneur).

    On en deviendrait presque libéral, seulement voilà, si la relation salariale n’est plus entourée de sécurités et de garanties, plus personne n’y entrera car il y a peu de pays où la classe salariée ait été aussi mal traitée au cours de l’histoire que chez nous.

    Quand on y réfléchit bien, aucun économiste n’est en mesure de donner une explication évidente de la pénurie d’emploi en France. Je pense tout simplement que cela les (nous) dépasse.
    DG

  2. Observation d’un ami au sujet de la pénurie d’emploi :
    Il y a assez de travail dans de nombreuses entreprises en France mais elles n’embauchent pas, volontairement.
    Pourquoi ?
    – Parce qu’elles y trouvent un intérêt immédiat : la maitrise de la masse salariale avec pour argument corolaire « pas d’augmentation de salaire car nous ignorons de quoi sera fait demain ! » … Heureusement, que les dirigeants prétendent se projeter dans l’avenir et prévoir ou pourvoir !
    – Parce que cela entretien un climat de risque chez les salariés … pas de rébellion quand on risque de perdre sa place … « z’êtes pas content, y’en a 10 qui attendent dehors »
    – En ne payant pas assez cher la compétence et que les personnes sont vues comme interchangeables, la perte d’activité faute de temps ou de qualification dégagent artificiellement de la rentabilité, transformable en dividende distribuable. C’est l’effet « parasite » de certains actionnaires qui ruinent l’entreprise. Ils vont à l’encontre de la pérennité et de l’investissement au profit (c’est le cas de le dire !) de la distribution.

    Le problème est à son comble lorsque de petites entreprises ou d’autres appartenant à l’économie sociale pratiquent par mimétisme, prises dans la rhétorique ambiante et imbécile de l’ultra-libéralisme. L’argent pour lui-même ne sert à rien, il faut qu’il circule et se transforme en investissement humain ou matériel.

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