Et si l’Espagne quittait la zone euro?

L’éventuelle sortie de l’Espagne de la zone euro risquerait de ne faire que des perdants.

Une étude de Patrick Artus  tend à prouver que le retour à la monnaie nationale coûterait à l’Espagne 5% de son PIB, principalement en raison de la hausse des taux d’intérêt et de l’inflation.

Le scénario envisage une dépréciation de 30% de la monnaie espagnole avec une conversion intégrale de la dette extérieure en monnaie locale.

Dans ce cas,  la spoliation des prêteurs étrangers représenterait jusqu’à 600 milliards d’euros. En effet, depuis 2002, la dette extérieure espagnole a été multipliée par 2,5.

Je lisais récemment dans le blog du député Nicolas Dupont-Aignan que seule la sortie de l’euro permettrait à ces pays (l’Espagne, la Grèce, le Portugal) de retrouver leur compétitivité et d’offrir une perspective à leur jeunesse.

Je me demande jusqu’où irait la générosité de Mr Dupont-Aignan si les investisseurs français devaient payer la facture d’une défection de l’Espagne.

Les ressorts véritables de son opposition systématique à l’euro se donneraient à voir: tout faire pour que n’émerge pas une solidarité budgétaire avec les pays du Sud de l’Europe et tout sacrifier, y compris la jeunesse espagnole, au  symbole du franc.

DG

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13 commentaires sur “Et si l’Espagne quittait la zone euro?

  1. Et pour la Grèce, que faisons-nous ?
    Les allemands poussent à la sortie mais pour leurs banques, il me semble que cela serait un gros risque.
    Pourquoi J. Sapir propose-t-il ce schéma qui ruinerait la construction européenne. Il apparait primordial de constituer un pôle fort afin de mieux être armé face au déplacement de l’axe économique vers l’Asie.

    Fultrix.

  2. Pour la Grèce, une restructuration de la dette se profile, me semble-t-il.
    Je ne connais pas bien J. Sapir mais il ne parait pas appartenir à la famille des nationalistes. Cependant, je ne comprends pas comment on peut attribuer le chômage de masse dont souffre notre économie à la construction européenne.
    Il y a chez lui une vision un peu apocalyptique des choses, tous nos maux sont « importés ». Je n’adhère pas à cet état d’esprit. Tout cela me parait une sorte de critique sociale dévoyée.
    Il a rédigé un texte intéressant dans le monde diplomatique ww.monde-diplomatique.fr/2009/03/SAPIR/16882
    J’essaierai d’en faire un commentaire constructif.

    1. Une autre réflexion : aurions-nous moins de soucis vis à vis des dettes souveraines, des délocalisations si le système des retraites par capitalisation n’existait pas ?
      Je m’explique : à chaque fois que j’essaie de comprendre divers mécanismes de crises (grecque, services publics, mondialisation, blocages salariaux, crise des subprimes …) je me heurte aux fameux fonds de pensions et aux hedges-funds.
      Ces acteurs sont-ils la cause ou la conséquence du dérèglement du modèle capitaliste auquel nous assistons ?
      Fultrix.

      1. A priori oui, ce serait limiter la spéculation à la racine puisque les systèmes de retraite par répartition ne supposent pas d’épargne.

        Dans l’ensemble, les organismes de placement qui gère l’épargne des retraités font monter structurellement les cours des titres parce qu’ils achètent un éventail très large de valeurs.

        Si vous cherchez des références à propos du rôle des fonds de pension et des hedge funds, je vous conseille de fureter du coté des écrits de Michel Aglietta.

        http://www.cepii.fr/francgraph/presse/2010/i_MAboursorama120210.pdf
        DG

      2. Merci beaucoup pour votre lien et votre réponse.
        Je crois malheureusement que cette analyse a peu de chance d’aboutir tant la connivence entre nos gouvernants et les grandes entreprises ou fonds est patente.
        J’avais entendu monsieur Aglietta à ce sujet et je me suis procuré son livre co-écrit « Désordre dans le capitalisme mondial ».
        Hélas, j’ai déjà un peu de mal avec l’économie littéraire, alors la branche « mathématiques » relève carrément du cauchemar !
        Pourtant, à l’écouter tout est limpide !
        j’y arrive mieux avec J.K. Galbraith (les mensonges de l’économie) et A. Supiot (L’esprit de Philadelphie).
        Fultrix.

  3. Vous caricaturez la position de Nicolas Dupont-Aignan.

    A l’origine, Nicolas Dupont-Aignan était un opposant à la monnaie unique et un militant du non à Maastricht (il débutait alors sa carrière politique). Par la suite, il a accepté le résultat du référendum (contrairement à d’autres), et s’est simplement prononcé contre la politique d’euro fort. C’est seulement avec la crise et la politique surprenante de la BCE en faveur d’un euro surévalué que NDA, prenant acte de l’impasse que constitue l’euro, a lancé sa campagne pour la sortie de l’euro.

    L’euro est surévalué pour bon nombre de pays, dont la France et l’ensemble des pays latin. L’année dernière, j’avais entendu dire Nicolas Bouzou expliquer que chaque renchérissement de l’euro de 10% par rapport aux autres monnaies coûtait à la France 0,4% de croissance. Or, depuis quelques années, tout le monde s’accorde à dire que la parité par rapport au dollar est autour de 1,1 en ppa… Contre plus d’1,4 aujourd’hui… Si les calculs de N Bouzou sont justes, en quittant la monnaie unique, la France retrouverait 1,2% de croissance!!!

    Le problème de l’euro est structurel: parce qu’il s’agit d’une monnaie unique, elle n’est pas adapté à des pays ayant des structures économiques différentes. Et l’adoption de l’euro n’a pas corrigé ce phénomène.

    Du coup, à court d’arguments, les partisans de l’euro se raccrochent à leur argument fétiche: quitter l’euro est impossible à cause des dettes, il coûterait trop cher… C’est déjà avouer la faiblesse de l’argumentaire!!

    Moi aussi je peux être caricatural

    « On verrait alors apparaître les véritables ressorts du soutien à l’euro: tout faire pour que n’émerge pas une monnaie commune respectueuse de l’économie des pays du sud de l’Europe et tout sacrifier, y compris la jeunesse espagnole, au symbole de l’euro ».

    Ce qu’il faut que vous compreniez, c’est que la solidarité budgétaire que vous proposez n’a aucune chance de fonctionner: d’abord parce que les peuples, pour amicaux qu’ils soient les uns envers les autres, ne souhaitent pas financer unilatéralement les autres (pour aller vite, les allemands n’ont pas à payer pour les grecs, et ces derniers n’ont pas à vivre de la charité des premiers), ensuite et surtout parce que des transferts budgétaires, même massifs, n’y changeront rien: avec l’euro, les pays du sud de l’europe (et nous aussi) ne peuvent pas être compétitifs…

    Amicalement,

    Tythan

  4. Mr Dupont Aignan n’a pas voté le plain d’aide à la Grèce parce qu’il ne veut pas se sentir lié à ce pays. C’est sa conception de l’Europe.

    Toutes ses thèses économiques sont discutables.

    Il est vrai que les variations conjoncturelles de l’euro expliquent une part de nos déboires commerciaux. Toutes choses égales par ailleurs, une dépréciation de 25% permettrait de relancer nos exportations de 5,75%.
    http://solutionsbusiness.lentreprise.com/international/la-surevaluation-de-l-euro-degrade-l-export-francais_a-13-518.html

    Cependant, la France n’est pas le pays de la zone euro le plus touché par ce phénomène.

    Les travaux de Natixis montrent même que le taux de change réel effectif de notre pays s’est déprécié de 20% entre 1988 et 2011: http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=57866

    On reproche à l’euro d’être trop cher par rapport au dollar et aux monnaies des pays émergents.

    Mais il ne tient qu’à l’europe d’acheter des dollars pour en élever le cours. Cela supposerait une politique de change active et que l’on soit moins regardant sur l’inflation. En fait,l’europe a délégué cette tâche aux pays émergents, qui réinvestissent leurs excédents commerciaux en dollars, pour tenir à bout de bras cette monnaie. Le jour où ils arreteront, l’euro s’envolera. Remercions les.

    J’ajoute qu’à l’heure actuelle, les produits des pays émergents deviennent de plus en plus cher (hausse de leur monnaie, hausse des salaires).

    Il y a tellement de choses que les français pourraient faire chez eux pour améliorer leur sort. Tout ne dépend pas du reste du monde!
    Souvent je me dis que les souverainistes et autres adversaires de la mondialisation en sont les pire propagandistes…

    En réalité, les problèmes de l’exportation française sont beaucoup plus structurels que les déambulations de l’euro face au dollar.

    Vous remarquerez que l’export est l’apanage des grands groupes, liés à l’Etat, sur des produits de haute technologie. L’Allemagne fait participer ses PME qui exportent des produits moins technologiques mais de meilleure qualité. L’échec du rafale est très révélateur de ce problème, qui a si peu à voir avec la concurrence étrangère.

    Quant aux allemands, ils auraient bien tort de laisser tomber les grecs, car si la zone euro se résumait aux pays européens à excédents commercial, l’euro s’apprécierait tellement que l’avantage concurrentiel allemand disparaitrait.

    J’ai bien peur que nous ayions à chercher les moyens de mieux faire fonctionner l’euro, plutôt que de revenir en arrière.

    Ce n’est pas très enthousiasmant, mais que faire d’autre?

    Vous me dites que la solidarité avec l’Europe du Sud est vaine car ils ne sont pas compétitifs.

    Mais si ces pays continuent à se désindustrialiser, ils auront forcément des déficits commerciaux et auront, en contrepartie, à nous vendre soit des titres de dettes publiques, soit des parts de leurs entreprises, soient des reconnaissances de dette privées. Et comment pourrions nous faire autrement que de placer un peu de notre épargne dans ces pays?

    Si le marché unique radicalise les différences de spécialisation productive, comment peut-on dire que le Sud ne profite pas au Nord? Et si le Sud de l’europe se spécialise dans des services à faible valeur ajoutée, comment ne pas imaginer des transferts pour éviter un endettement excessif?

    DG

  5. Merci pour votre réponse! Je vais tenter à nouveau de répondre à vos objections, pardonnez-moi si c’est un peu confus.

    Tout d’abord, je vous redis que je trouve votre vision de Nicolas Dupont-Aignan (que je soutiens) beaucoup trop caricaturale. NDA n’a pas refusé de voter le plan d’aide à la Grèce parce qu’il serait égoïste, ce n’est pas du tout cela. Voici sa réaction à chaud http://www.marianne2.fr/Dupont-Aignan-le-plan-d-aide-a-la-Grece-est-un-sabordage_a192543.html

    Si NDA refuse ce plan, c’est parce qu’il ne s’agit que d’une cautère et non d’un vrai soin. Parce qu’au final, ce plan vise plus à sauver les banquiers et les créanciers (même si à titre personnel je trouve que NDA insiste beaucoup trop de manière démagogique sur ce point) qu’à sauver la Grèce.

    Sans être un économiste, j’ai compris qu’un consensus général des économistes s’était formé sur le fait que la France s’en tirerait mieux si l’euro était plus faible. Problème, ce n’est pas la conception de certains de nos partenaires et nous n’avons pas réussi jusqu’ici à imposer notre point de vue. Dans ces conditions, je crois qu’il nous faut faire un calcul ô combien compliqué sur le rapport coûts-bénéfices de l’euro. Côté coûts, c’est donc cet euro fort, qui nous coûterait 1,2% de croissance selon Nicolas Bouzou (c’est assez énorme). Coté bénéfices, il y a bien sûr cette stabilité des changes (par définition) intra-européens, ce qui fait dire à P Artus que quitter la zone euro coûterait 5% de croissance à l’Espagne. C’est beaucoup également, mais finalement très loin de l’apocalypse que nous prédisent certains partisans de l’euro, tellement à court d’arguments qu’ils en sont réduits à tenter de faire peur (ce qui est déjà un énorme aveu de faiblesse).

    Comme vous dites, l’Allemagne et la France n’ont pas la même structure. Et c’est là tout le problème: les produits français sont plus sensibles à la compétitivité-prix. Ce que vous devez comprendre, c’est que d’un coup de baguette magique, la France ne va pas se transformer en machine exportatrice, forte de milliers de PME exportant à tout va des produits insensibles au prix! Si la France cherche à copier l’Allemagne, elle a déjà perdu puisqu’elle aura forcément toujours un train de retard!

    Je crois qu’avec le Rafale, pour connaître un peu le sujet, c’est tout autre chose, les considérations géopolitiques primant sur tout le reste dans les affaires militaires.

    Sur vos deux derniers paragraphes, c’est justement parce que je souhaite que les pays du sud arrêtent de se désinstruliaser (ou se réindustrialise dans une certaine mesure) que je pense que ces pays ont intérêt à quitter la zone euro afin de retrouver leur compétitivité.

    Comme vous, je ne dis pas que le départ de la zone euro soit enthousiasmant. Mais je crois que c’est la moins mauvaise des solutions. A moins qu’enfin nous arrivions à convaincre nos partenaires d’accepter un euro plus faible avec un peu plus d’inflation?

    Merci en tous cas pour votre réponse. Je vois que vous êtes également enseignant. Auriez-vous l’amabilité de lire un texte que j’ai écrit sur la monétisation des dettes publiques? Et de me faire part de vos commentaires?

    http://tythan.blog.free.fr/index.php?post/2010/12/14/La-mon%C3%A9tisation-des-dettes-publiques

  6. Je vais être beaucoup plus bref que les interlocuteurs précédents: Croyez vous réellement que dans la situation actuelle la Grèce peut se permettre d’avoir une monnaie aussi forte ( l’Euro). Je ne crois pas avoir constater dans l’histoire l’existence d’un pays aussi endetté avec un taux de change d’un pays de rentiers.

  7. La sortie de l’euro ne serait pas une partie de plaisir pour une économie aussi affaiblie que la Grèce, dont les ventes à l’intérieur du marché européen n’ont jamais décollé et qui importe 3 à 4 fois plus qu’elle n’exporte. J’imagine l’effondrement immédiat du niveau de vie qui en découlerait et le prix à payer pour les banques françaises et allemandes.
    Ce n’est pas parce que les marchés financiers traitent la dette grecque comme celle d’un pays qui n’appartiendrait pas à l’euro qu’il faut leur emboîter le pas.
    L’essentiel aujourd’hui est, me semble-t-il, d’aider l’Etat grec à se renflouer et de ne pas livrer ce peuple à la spéculation.

  8. Regonfler la compétitivité-prix par la dévaluation de la neo-peseta, ça voudrait aussi dire exercer une pression sur les autres économies européennes (dont la France). Les agriculteurs français apprécieraint la concurrence sur des produits soudain 30 % moins cher…

    A partir de la, je ne vois pas comment le marché unique pourrait résister à la course aux dévaluations, et un SME-bis n’aurait aucune chance de tenir dans un contexte actuel de spéculation, défiance, et volume de transferts sur le marché financier ( il était déjà bien en difficulté au début des années 90).

    Bref, un retour en arrière assuré, mais dans un contexte encore plus ouvert. Le neo-franc connaitrait les même limites que l’ancien, voire pires (obligation de suivre les taux allemands avec une « prime de risque » supplémentaire)

    Que M. NDA ait la nostalgie de la France « insulaire » et auto-centrée des trente glorieuses, c’est une chose. S’imaginer qu’attaquer l’euro est le moyen de le réaliser en est une autre.

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