Emmanuel Todd, protectionniste libéral

Emmanuel Todd a défendu son programme protectionniste à l’occasion d’un débat rugueux qui l’opposait à  Jean-Luc Mélenchon.

Plutôt que de critiquer le réel, Todd s’en prend aux modèles qu’il croit en vogue parmi les économistes.

Son idéal? un libéralisme de proximité, et pour tout dire, un libéralisme dans un seul pays ou continent.

L’historien insiste, en effet, sur la tonalité libérale de son projet: filtrer les marchandises  aux frontières mais imposer plus de concurrence à l’intérieur du marché européen. Selon lui, l’Etat devrait se contenter de fixer les limites géographiques de la concurrence et inciter les firmes étrangères à s’installer sur notre sol par l’instauration de barrières douanières. L’idée consiste à faire croître le marché intérieur pour donner plus de forces aux entreprises européennes et les aider à exporter.

Ce protectionnisme, espère-t-il,  devrait adresser un message d’espoir aux salariés et accroître durablement le profit des entreprises françaises débarrassées de la concurrence extérieure.

Il est à craindre que le protectionnisme toddien ne résolve aucun de ses objectifs

  • Une logique contradictoire. Se protéger de la concurrence extra-européenne peut accroître la part de marché des entreprises locales et leur donner les moyens d’innover. Toutefois, l’effet initial disparaît si la concurrence s’amplifie à l’intérieur du marché européen et qu’un plus grand nombre de firmes se partagent le marché (Eredington et Phillip, 2009).
  • La question sociale passe à la trappe. Todd à l’ambition de résoudre la question sociale, mais il ne voit pas que les bas salaires se développent en majorité dans les activités tertiaires abritées de la concurrence extérieure (Robert Reich 2009). Réconcilier les groupes sociaux sur le dos des chinois ou des indiens ne constitue-t-il pas  un leurre avec lequel on cherche à éteindre toute critique sociale? On imagine le sort des salariés européens s’ils étaient exposés à encore plus  de déréglementation.
  • La France n’est pas un pays émergents. Todd souhaite appliquer à la France un protectionnisme dit éducateur. N’est-ce pas le monde à l’envers? En effet, la France n’est pas dans la situation d’un pays qui nécessite un ballon d’oxygène pour mettre sa technologie au niveau de celle de la Chine ou de l’Inde.  Ce sont plutôt les pays émergents qui ont besoin, en théorie, de protéger leurs industries des nôtres.
  • Une logique Malthusienne. Tout à sa logique nationalitaire, Todd ne parvient pas à concevoir les relations entre l’Occident et la Chine autrement que sous l’angle du conflit. Ne sous-estime-t-il pas le développement endogène de la Chine et l’étendue des débouchés auxquels nous devrions renoncer si nous évincions ce pays de notre marché intérieur? Ne voit-il pas que la France exporte à proportion de son PIB et qu’il n’est nul besoin de réserver une plus grande part de son marché intérieur aux entreprises résidentes?

DG

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18 Comments

  1. Il faudra me prouver que la Chine est ouverte. Et elle ne l’est pas, le gouvernement chinois est protectionniste, l’Inde, le Brésil aussi. Il n’y a que les pigeons d’européens qui ne le sont pas et c’est l’Europe qui perd, qui voit le chômage et le populisme augmenter. Car jamais je dis bien jamais nous n’aurons d’avantages sur les chinois, indiens, etc…. Les chinois ont copiés les technologies occidentales via les joints-vointures avec les sociétés occidentales (qui pensaient faire des profits, mais qui ont surtout subit une perte technologique). Le protectionnisme ce n’est pas l’autarcie. La Chine est protectionniste et elle a raison… Il n’y a que l’Europe qui n’a pas de protectionnisme et voilà le résultat un continent au bord de l’implosion (chômage, populisme, pauvreté, dettes). Et pourtant je suis de centre gauche, c’est dire comment vous êtes déconnecté par rapport à la réalité.

  2. La réalité n’est jamais sans nuances, vous savez. C’est même son charme.

    La Chine importe beaucoup. C’est normal puisque ce pays a décidé de partager ses avantages comparatifs avec l’occident (insertion dans le réseau de firmes délocalisées). Le contenu en importations des exportations chinoises représente aujourd’hui la moitié de ses ventes à l’extérieur.

    Contrairement à l’idée commune, le protectionnisme chinois est d’abord inter-régional, chaque province cherchant à attirer les capitaux occidentaux et limitant les importations en provenance des autres provinces (à la différence des régions européennes,la structure productive des régions chinoises est moins spécialisée).

    Quant au protectionnisme chinois vis à vis du reste du monde (tarifaire ou monétaire), il ne semble pas avoir d’effet significatif sur le chômage,et particulièrement sur celui de la main d’oeuvre qualifiée de ce pays…

    Vous partez du principe que l’Europe ne se protège pas. Je doute que l’Inde, le Brésil et la Chine partagent votre opinion.

    Vous dîtes que nous n’aurons jamais d’avantage sur la Chine parce que ce pays copie nos technologies à vitesse grand V. Je vous trouve bien pessimiste. Ce n’est pas parce que la Chine n’est plus à la botte des puissances coloniales que le rapport de force a basculé dans l’autre sens.
    Curieuse vision des choses.

    Je pense que plus les produits français se distingueront par leur avance technologique, moins nous seront obligés de livrer clé en main nos secrets de fabrique pour obtenir un marché dans ce pays.
    Quant à l’Europe, son marasme est d’origine interne et je trouve assez triste que des français exigent de la Chine une attitude coopérative que nous n’arrivons même pas à obtenir de nos voisins allemands.
    Le protectionnisme est la béquille du défaitisme.
    DG

  3. Mon intuition me dit tout de même que M.Todd n’a pas tout à fait tort. Il parle d’ailleurs d’un protectionnisme européen « raisonnable », et non pas bête et méchant. Il paraît évident qu’il ne peut y avoir de juste échange avec des pays à coût de main d’oeuvre aussi bas, sans sécurité sociale pour les travailleurs, avec des normes environnementales bien moins contraignantes qu’en Europe.
    D’aussi grands noms que Michel Rocard ou Maurice Allais ne disent pas autres choses.
    Vous semblez méconnaître ce que vivent les salariés des grandes entreprises françaises (délocalisation de la R&D dans les pays à bas coûts, pression à la baisse sur les salaires). Ceci est concret. Désolé de le dire, mais je partage l’opinion de l’intervenant qui pense que vous êtes déconnectés de la réalité.
    Même si malheureusement je ne vois pas bien comment on peut empêcher la matière grise d’être délocalisée…

  4. S’il suffisait de voir la réalité concrète pour la comprendre, on fermerait les universités.

    Je ne méconnais pas ce que vivent les salariés des grandes entreprises, mais j’essaie de ne pas tomber dans les illusions et les impasses dont les salariés des grandes entreprises françaises seraient les premiers à faire les frais.

    Mon intuition me dit que les entreprises occidentales sont à la manoeuvre dans les opérations de délocalisations et me fait anticiper le sort qu’elles réserveraient aux salariés français si elles ne pouvaient plus avoir recours à la main d’oeuvre des pays du Sud.

    Politiquement, le protectionnisme signifierait l’éclatement de l’Europe, car il faudra expliquer aux allemands comment renoncer aux méthodes qui ont sauvé leur industrie.

    Vous dites que les échanges avec des pays sans protection sociale sont injustes.

    Figurez vous que la justice n’a rien à voir avec l’échange international.

    En effet, la loi des avantages comparatifs nous enseigne qu’aucun échange n’est possible entre le Nord et le Sud si les entreprises du Sud se voient imposer les conditions salariales du Nord. Pourquoi? tout simplement par ce que les bas salaires sont indispensables pour que le Sud soit compétitif: cela permet de compenser sa moindre productivité.

    La loi des avantages comparatifs de Ricardo livre un message encore plus intéressant: tous les salariés qui participent à l’échange international, français, chinois, américains ou indiens sont relativement exploités.
    En effet, le travail du Sud comme celui du Nord n’est compétitif au plan international qu’à la condition d’être rémunéré en dessous de sa productivité.
    Côté Sud, pour qu’une chemise indienne trouve un marché aux Etats-Unis, on donnera aux salariés indiens, qui sont 3 fois moins productifs que leurs homologues américains, un taux de salaire plus de 3 fois inférieur à la rémunération américaine (sans cela, une chemise indienne sera toujours plus cher qu’un modèle fabriqué aux EU).
    Côté Nord, pour qu’une automobile française trouve un marché en Chine, on paiera les salariés français, qui sont 6 fois plus productifs que leurs homologues chinois, un salaire moins de 6 fois supérieur au standard chinois.

    Marx avait qualifié cette théorie de « véritable perle ».

    Ce qui m’amuse dans la posture protectionniste, outre le caractère chimérique de sa mise en oeuvre en Europe, c’est quelle se donne à voir et à entendre au moment où les salaires commencent à augmenter en Chine.

    DG

    1. S’il faut attendre que les salaires chinois atteignent le niveau de ceux de l’europe de l’ouest…on en a pour plusieurs générations. Et on n’aura plus d’industrie depuis longtemps. On aura définitivement perdu la maîtrise technique de bien des domaines (télécommunications, aéronautique, informatique…), c’est déjà partiellement le cas aujourd’hui.
      Pour ce qui concerne Ricardo, je ne vois pas trop le rapport avec la présente discussion…ou alors vous sous-entendez que c’est une bonne chose qu’il n’y ait plus d’industrie en Europe. Certainement, les travailleurs sont partout exploités…allez le dire à une certaine droite française avec son « travailler plus pour gagner plus » 😉

      1. Pour comprendre que le protectionnisme n’est pas la solution miracle au déclin de l’emploi industriel, il faut prendre un peu de recul.

        Si vous regardez les statistiques, vous vous rendrez compte que l’emploi industriel chute au même rythme dans tous les pays.

        C’est donc qu’il existe une cause plus vaste et universelle que les importations chinoises: le dynamisme de la productivité industrielle.

        Le commerce international n’est qu’un moyen parmi d’autres pour obtenir plus de productivité. Fermez les frontières et d’autres méthodes seront utilisées pour accroître les rendements: hausse des cadences, du temps de travail etc…c’est d’ailleurs la nostalgie affichée par certains: ramener la condition ouvrière au bon vieux temps des ouvriers spécialisés.

        Reste à sortir de cette histoire par le haut.

        Si l’on veut limiter les pertes d’emplois dans l’industrie, il faut conforter nos points forts (ils existent, y compris dans l’informatique), encourager l’innovation de produit, les PME qui exportent, pousser les entreprises qui enregistrent des gains de productivité à les distribuer sous formes de salaires ou de prix plus bas pour relancer la demande de biens industriels…et ne pas oublier d’améliorer le productivité des services utiles aux industries pour alléger la pression qui s’exerce sur ces salariés.

        …et bien d’autres choses encore j’imagine.

        DG

  5. Moi, je trouve que ca se tien l’idée du protectionnisme, je crois pas du tout qu’il faille y voir un rejet des chinois (après on pourrait utiliser une partie de l’argent du protectionnisme pour le reverser aux pays en voie de dévellopement qui oeuvrent pour de meilleures conditions de vie chez eux (ok c’est compliqué a mettre en place aussi)), dedans je vois plus au contraire, un moyen de faire que justement ce ne soit pas toujours les pays a moindre cout salariaux qui gagnent et donc la concurrence par le bas (parce que dans ce cas de figure c’est toujours les plus riches qui gagnent).

    1. Oui, ce serait compliqué à mettre en place. L’idée de reverser les recettes des barrières commerciales a été proposée il y a une dizaine d’année par Philippe Seguin me semble-t-il.
      Reste à savoir si les plus modestes bénéficieront réellement du protectionnisme.
      Pour ma part, je pense qu’il faudrait imaginer un moyen, tout en conservant un degré d’ouverture commercial important, de redistribuer les gains de la mondialisation à ceux qui en subissent les coûts.

  6. « Ce n’est pas parce que la Chine n’est plus à la botte des puissances coloniales que le rapport de force a basculé dans l’autre sens. »
    C’est vraiment très bas comme réponse.
    Être protectionniste, ce n’est pas être colonialiste…. Vous avez une vision du monde biens spéciale… De plus la Chine n’a jamais été une colonie Européenne, il y a eu quelques comptoirs, elle a été sous influence mais jamais une colonie. Et depuis la révolution de Mao, jamais elle n’a été sous influence occidentale. L’Allemagne doit changer de business model, c’est une évidence car c’est elle qui est entrain de tuer l’Europe, son modèle c’est faire une compétitivité et exporter non pas au reste du Monde en priorité, mais principalement à ses voisins. La richesse de l’Allemagne, c’est les déficits des pays sud-européens. NOUS! Français, espagnols, grecs, italiens, portugais. Son modèle n’est pas viable, un pays ne peut être seulement exportateur, avoir peu de demande intérieure et en même temps être réticent à toute aide pour les pays que ce même pays ruine. De plus avec la démographie allemande, l’Allemagne va devoir revoir ses mentalités. Des mentalités trop anti-nataliste (la théorie des Rabenmutter, une mère qui travaille est une mauvaise mère), une mentalité trop auto-centré, regardant de moins en moins ces voisins comme étant des partenaires.. Si l’Allemagne continue ainsi, c’est la fin de l’UE..

    De plus franchement, je ne comprends pas comment vous pouvez faire confiance à al théorie de Ricardo, c’est daté!!!!
    La mondialisation actuelle c’est des faits :
    – nos agriculteurs meurent à cause des prix bas d’Espagne, du Maroc, etc…
    – nos grandes entreprises délocalise toujours plus car l’Afrique, l’Asie sera toujours moins cher que l’Europe
    – le chômage augmente
    – la dette augmente
    – la fermeture des usines

    Nous n’avons aucun avantage sur les pays du Sud, aucun… Ils fabirquent du bas-gamme oui et? La Chine fabrique aussi des avions, des voitures, des métros, des ordinateurs. La Chine nous concurrence sur tous les domaines! Ce n’est plus un pays uniquement de bas-gamme. Si elle fait du bas, du milieu et du haut gamme, que nous reste t’il? Car nous serons toujours plus cher que la Chine! Nous avons des millions de chômeurs en Europe, tous ne pourrons pas êtres grands ingénieurs! Il a des personnes avec des basses qualifications et qui ne peuvent pas faire autre chose!
    Ça c’est les faits! Il y a bien sur des réformes importantes qui doivent êtres engagées par la France et l’Europe. Mais le fond du problème est là, votre idéologie, celle de la commission européenne, c’est de la folie! On ne peut pas avoir des frontières ouvertes en permanence, ce n’est pas viable, ça n’a jamais existé. Aucun autre grand état ne le fait!
    Ce que vous appeler importation, ce sont des transferts de technologie! Regarder la vérité en face, combien de firmes européennes ont été volés des technologies quand le gouvernement chinois a obligé les occidentaux à créer les joints-ventures (pour former les entreprises chinoises).
    Selon vous la Chine, l’Inde, les USA pensent que l’Europe se protège, mais soyons honnête, est-ce que refuser que des produits qui non pas le minimum au niveau des critères environnementaux (OGM, pesticides interdits), ça c’est du protectionnisme? Non, c’est simplement une politique de santé publique. J’ai trainé dans les instances européennes, mais mon Dieu, parler de protectionnisme au niveau européen, j’ai juste envie d’hurler de rire. Les sociétés étrangères font leurs shopping en rachetant les sociétés européennes, en s’implantant de manière massive, faites vos courses dans un supermarché, essayé de compter le pourcentage de produits venant du Maghreb, d’Argentine, des USA, de Chine, d’Inde…… Parler de protectionnisme pour l’UE actuelle, ça montre bien qu’il y a une grande différence entre vous et moi!

    Je suis pro-européen, pour une mondialisation viable, je suis étudiant, de milieu aisé (CSP+) mais ayant vécu et aidé des personnes des quartiers sensibles. Et bien je peux vous dire que même si la France a de nombreuses réformes à faire (et je suis le premier pour réclamer un changement), tant qu’un phénomène comme la mondialisation ne serra pas analysé avec du recul, c’est-à-dire en sortant de l’idéologie actuelle, on va dans le mur!

  7. Je ne vous traitais pas de colonialiste, mais je trouve exagéré la crainte que l’on a, urbi et orbi, du développement de la Chine.

    J’ajoute qu’on connait la chanson. Dès que nous, français, avons pointé du doigt une cause extérieure à nos déboires, nous sommes contents. L’ agressivité de ce pays est une vraie calamité.

    Je suis d’accord avec vous sur le modèle de croissance allemand. Mais ne vous attendez pas à un revirement stratégique de ce pays.

    Le problème que pose le libre échange à notre pays, c’est qu’il s’effectue dans un contexte d’un chômage de masse. De ce fait, les coûts sociaux de telle ou telle fermeture d’usine sont brutaux et comme le chômage demeure à un niveau élevé, cela dissuade les entreprises étrangères d’investir encore plus chez nous et d’y implanter leur technologie (ce dont nous avons besoin). Le vrai problème n’est pas notre déficit commercial, c’est la sortie nette de capitaux productif qui s’investissent ailleurs.

    Ni Alain Minc, ni Todd, je préfèrerais qu’on s’interroge sur l’origine du chômage de masse dans notre pays.

    Vous vous faîtes un peu peur avec le fait que la Chine produirait de tout , y compris du haut de gamme ainsi que des biens à haute teneur technologique.

    Dans la mondialisation, la spécialisation s’effectue de moins en moins par produit (drap/vin) mais par sous catégories et mêmes tâches précises. De plus en plus de pays collaborent à l’élaboration de produits, c’est cela le cours nouveau de la mondialisation. Il y a là, d’ailleurs, quelque chose de fascinant: le système capitaliste s’arrange pour nous faire sentir l’unité du monde, tout en transformant cette bonne nouvelle en dégâts sociaux.

    J’ajoute que les emplois industriels diminuent partout,en Europe, aux Etats-Unis et en Chine. Les gains de productivité font leur oeuvre. Le commerce international accélère un processus qui est universel.

    A propos des transferts de technologie, comme je vous le disais, la France a récemment été jusqu’à proposer de livrer tous les processus de fabrication de son rafale au Brésil, pour qu’il nous l’achète. A méditer, me semble-t-il.

    La Chine va tôt ou tard buter sur la difficulté à maintenir sa croissance en se contentant de reprendre les innovations du reste du monde. Plus vous vous approchez de la frontière technologique (les meilleures pratiques) ,plus il faut innover par soi même et réorganiser totalement le modèle de croissance (plus d’enseignement supérieur, plus de flexibilité, de démocratisation etc…). Si vous me disiez que la guéguerre protectionniste avait pour but d’accélerer ce processus en Chine, je vous suivrais presque.

    Quant à Ricardo, j’espère que mon petit exposé vous aura convaincu que sa théorie des échanges place tous les salariés, au Nord comme au Sud,dans la même situation, peu enviable. Vous pardonnerez à un ex marxiste de garder quelques bons réflexes.

    Vous voulez une mondialisation viable. Un économiste que j’aime bien, Dany Rodrik, ne dit que cela et moi même, j’ai du mal concevoir que pour avoir un teeshirt moins cher on puisse se satisfaire de la mise au rencart des salariés locaux qui les produisaient.
    Mais faut-il appliquez le même raisonnement à toutes les transformations liées à la concurrence? y compris entre producteurs français?

    J’ai bien peur que le protectionnisme ne soit pas du tout le prélude, l’avant-goût de futures conquêtes sociales, mais plutôt la solution désespérée d’une société qui ne comprend pas ce qui lui arrive.

    D’où ma grande réticence sur cette proposition, sans me faire d’illusions non plus sur le libre-échange.

    DG

  8. La proposition de transfert de technologie du rafale au Brésil est selon moi une erreur.
    Je pardonne votre côté marxiste. =D
    Pour moi le protectionnisme est une notion souple, on peu se protéger de certains produits et pas d’autres. Je vois très bien les conséquences négatives si c’est dans le sens d’un Zemmour par conséquence et le replis total.
    D’après moi la bulle chinoise va bientôt éclater et je pense que ça ne va pas être très beau à subir. Je vous invites à étudier les finances locales des collectivités chinoises et dans une moindre mesure celle de l’état central. C’est édifiant et je pense que quand elle éclatera, la classe politique chinoise ne pourra rien faire pour endiguer le raz-de marré. La Chine est en fait une bulle géante qui s’auto-alimente avec son propre vent. Sauf que le ballon va pas tenir longtemps. Mais il a d’autres pays, les régimes arabes qui ne sont pas encore tomber, Cuba (car la libéralisation de l’économie va entrainer de fortes pressions), les USA (la fin de son modèle) et enfin l’Europe et soit la fin de la construction européenne soit le début d’un fédéralisme véritable (et de l’incarnation de l’Europe par des personnalités). Pour l’Allemagne et étant un germanique, je peux dire que ça va changer assez rapidement. Car on ne parle jamais du peuple allemand qui lui souffre de la situation actuelle de l’Allemagne qui n’a absolument rien d’enviable. Les différentes lois Hartz sont catastrophiques pour la totalité des classes pauvres et moyennes. Merkel et son gouvernement est sur la fin. Je suis pessimiste en ce qui concerne le court terme uniquement, le long terme c’est une autre histoire.

    Bonne journée

  9. Mon travail est la gestion de fonds internationaux (le mechant capitaliste de Mr Todd). Ce qui va peut-etre choquer certains c´est que l´ultra liberalisme s´est tire dans le pieds (shoot in its foot). En anglais c est la « fallacy of composition », chaque entreprise veut maximiser ses profits en delocalisant, au niveau microeconomique ca fait du sens, mais au niveau macro-economique c´est dramatique. Le probleme du libre echange c est que les economies developpees ont du choisir entre le chomage et le deficit commercial comme l´explique tres bien Michael Pettis. Le deficit commercial dans ces conditions a pour resultat l accumulation de dettes. Ce n est pas soutenable et en fait il faut revoir le libre echange pour le bien meme de ceux qui pronaient l´ultra liberalisme. Au niveau micro-economique, ca fera monter les couts, au niveau macro economique ca restore la demande qui est le moteur des economies occidentales. Donc oui les financiers finalement realisent leur betise (pas tous malheureusement). En ce qui concerne l´Allemagne, pour chaque pays exedentaire il y a un pays deficitaire, tous les pays ne peuvent pas etre exedentaires par definition.

  10. Vous avez raison, la course aux excédents commerciaux n’est pas possible pour tous les pays, a fortiori en période de ralentissement économique global. L’Allemagne, au passage, n’est pas assurée de maintenir ses excédents et subira aussi la concurrence des pays émergents.
    Normalement, la course aux excédents devraient être animée par les « petits » pays, très ouverts sur le commerce international. Des pays comme la Chine ou l’Allemagne se comportent comme les Pays-bas ou Taïwan. C’est problématique.
    Un déficit commercial ne se traduit pas forcément par de l’endettement public ou privé, si le pays est attractif pour les investissements étrangers.
    Todd n’est pas si hostile que cela au capitalisme, mais préconise une sorte de capitalisme dans un seul pays ou continent, pour préserver les équilibres sociaux et politiques.
    DG

  11. « En effet, le travail du Sud comme celui du Nord n’est compétitif au plan international qu’à la condition d’être rémunéré en dessous de sa productivité. »

    Sympa comme interprétation marxiste mais j’ai deux doutes
    _la compétitivité chez Ricardo est une affaire relative cad la comparaison d’une productivité relative d’un secteur par rapport à un autre entre deux pays. Si un pays A est relativement plus productif dans un bien, sa spécialisation rend le pays B compétitif dans un autre bien ceteris paribus (même si les productivités et technologies sont les memes entre les deux pays pour ce deuxieme bien)

    _ vous supposez dans votre raisonnement que les technologies sont les mêmes ! (ou alors vous ne parlez pas de la productivité du travail ?). Ricardo se place dans un cadre de concurrence pure et parfaite (y compris sur le marché des facteurs) donc les travailleurs sont rémunérés à leur productivité marginale.

    Merci de me corriger si je me trompe car vous remettez en cause le peu que je pensais avoir compris de mon cours de commerce…

    1. Bonjour,
      Ce que je veux dire, c’est qu’un avantage comparatif (en termes de coûts) n’amène pas forcément un avantage compétitif (en termes de prix).

      Imaginons un pays du Sud, qui possède un avantage comparatif dans une production où ses travailleurs sont deux fois moins productifs qu’au Nord. Son avantage comparatif devient un avantage compétitif (capacité à vendre quelque chose moins cher que le Nord)à la condition que les salaires qu’il verse représentent moins de la moitié de ceux du Nord.

      Quant au pays du Nord, si ses salaires sont trois fois plus élevés qu’au Sud, il ne pourra exporter que les biens pour lesquels sa productivité est plus du triple de celle du Sud.

      Il y a forcément exploitation relative puisque si les salariés relatifs étaient égaux aux productivités relatives, aucun consommateur n’aurait intérêt à acheter un produit importé.

      Dans le modèle ricardien (version originelle), les salaires réels sont fixes, de sorte que lorsque les prix baissent (suite à la diminution du prix des biens importés), le salaire nominal baisse aussi et dans la même proportion.

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