Le modèle français d’intégration passé au crible

MIPEX (2010): comparaison entre la France et lUnion Européenne-NB: les points non légendés correspondent au score global.

L’intégration des migrants est un thème qui déclenche de plus en plus souvent des réactions  crispées.

Comme beaucoup de français ont un rapport livresque à l’altérité,  ils se construisent un âge d’or (le modèle mythique des trente glorieuses) et montent en épingle tout ce qui se colporte sur l’échec de l’intégration.

Heureusement pour nous, il existe un outil d’évaluation et de comparaison: le MIPEX.

Le Migrant Integration Policy  Index, cofinancé par l’UE, note la qualité de l’environnement juridique à destination des migrants dans 6 domaines: l’accès à l’emploi, la participation politique, l’accès à la nationalité, le droit au regroupement familial, la durée de séjour, l’éducation et la législation anti-discrimination.

L’édition 2010, troisième du genre, classe la France au 15ième rang sur un échantillon de 31 pays. La Suède, le Portugal et le Canada sont en tête de classement. Les Etats-Unis sont en 9ème position. L’Allemagne et le Royaume-Uni, quant à eux, partagent la 12ème place (Association Jean Monnet).

Pas de quoi sonner le tocsin, mais pas de quoi pavoiser non plus. Le rapport juge la situation française à moitié favorable.

Pour entrer dans les détails, jetons un oeil sur le radar  couleur cocarde.

  • Points forts: l’accès à la nationalité et la lutte contre les discriminations. Rien de neuf en ce qui concerne le droit du sol,  né avec la IIIième République. Le dernier rapport du Haut Conseil à l’Intégration montre que l’accession des enfants d’immigrés à la nationalité française incite leurs parents à demander leur naturalisation.  En revanche, la reconnaissance des discriminations à l’embauche ou à l’accès au logement remonte ‘à 2003. Il n’est jamais trop tard pour (très) bien faire. Ajoutons qu’en dépit du refus d’accorder le droit de vote aux étrangers, la participation politique est identique à la moyenne européenne, notamment grâce à la reconnaissance du droit d’association aux étrangers (1981).
  • Points faibles: ratage groupé sur l’accès à l’emploi, l’éducation, les titres de séjour et le regroupement familial. Par exemple, 30% des emplois sont interdits aux étrangers, depuis 2004 les non européens ne sont plus éligibles aux conseils de Prud’hommes ainsi qu’aux Chambres de commerce et d’industrie, l’éducation nationale ne fait pas assez d’effort pour s’adapter aux néo-arrivants et les conditions de séjour pour les immigrés et leur famille sont de plus en plus drastiques, opaques et tracassières. Le rapport regrette l’accumulation des lois restrictives (5 en 7 ans).

Ailleurs en Europe, la participation des immigrés à la vie économique et sociale est mieux assurée mais les portes de la cité sont relativement fermées et la protection contre les discriminations moins avancée. Les immigrés sont acceptés mais renvoyés à leur communauté d’origine.

En France, la citoyenneté est plus ouverte et l’on proclame haut et fort l’égalité de principe. Dans le même temps, les pouvoirs publics dégradent par eux-mêmes les conditions d’une bonne intégration.

Universalisme abstrait quand tu nous tiens…

Pour mettre un terme à cette contradiction, il n’y a que deux solutions: soit faire marche arrière sur l’égalité de traitement (quelques uns caressent cette idée), soit tenir nos promesses dans le domaine  de  l’égalité économique et sociale.

Dans son incohérence, le modèle français est singulier.

A moins qu’il ne s’agisse d’une stratégie subtile pour transmettre aux immigrés cette passion égalitaire qui ajoute tant de sel à notre démocratie.

DG

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