Délocalisation: une opportunité pour le pays d’accueil?

La majorité des économistes ne discutent pas le caractère bénéfique des délocalisations pour les pays hôtes.

En cherchant bien, on repère quelques articles dissonants.

C’est le cas  d’un papier  intitulé Offshoring can’t defy gravity.

Thomas Mayer montre que la spécialisation de l’Inde dans les services informatiques, de télécommunication et de recherche donne à ce pays un avantage comparatif artificiel dans les produits à contenu technologique.

En effet, la « bulle » technologique masque une carence d’investissement éducatif et industriel dans l’ensemble du pays. Se glisser dans la chaîne de valeur des pays industrialisés ne suffit pas.

Ajoutons que l’élévation des salaires réduira l’attractivité de l’Inde.

L’auteur prédit  que l’intensité technologique des exportations indiennes diminuera prochainement et ne repartira pas à la hausse avant….2060.

Dans un article plus théorique (Offshoring in a ricardian world), Andres Rodriguez-Clare montre que la division mondiale du travail est un jeu de dupes.

Comme il n’y a pas de petits profits, les firmes des pays industrialisés préfèrent les délocalisations à l’immigration car cela leur permet de rémunérer le travail à un tarif beaucoup plus bas.

Toutes choses égales par ailleurs, les pays industrialisés creusent leur avance technologique car ils incitent les pays du Sud à se spécialiser dans les segments productifs les plus routiniers et à négliger la recherche et l’innovation.

L’économiste Hervé Boulhol prédit l’appauvrissement des salariés du Sud en raison d’une dégradation des termes de l’échange de leur production. En effet, l’importation de composants à moindre coût élève la productivité du travail au Nord, ce qui accroît l’offre et, au bout du compte,  diminue les prix.

DG

Publicités

2 commentaires sur “Délocalisation: une opportunité pour le pays d’accueil?

  1. Cette étude est intéressante car on en revient très ancien conflit en deux économistes de renom qui sont Adam Smith et Friedrich List. Le premier était adepte de la théorie de l’avantage absolue et considérait qu’un pays devait se spécialiser dans le domaine où il avait les meilleurs compétences et le seconde pensait au contraire qu’un pays se devait de se doter d’une structure économique équilibré. Les théories d’Adam Smith sont bien plus mis en avant que celles de Friedrich List en sciences économiques. Les économistes ainsi formés orientent les politiques économiques dans un certain sens. Vous n’êtes pas sans savoir qu’en économie il n’y une forme de pensée unique. Le seul conflit existant dans ce milieu résulte du clivage entre libéraux et interventionnistes. Personne ne parle de stratégie industrielle. On nous assène sans arrêt le même refrain qui consisterait simplement à avoir une politique de l’innovation afin de se procurer une compétitivité structurelle hors d’atteinte du dumping social des pays émergents. Seulement on produit quoi et avec quelles moyens financiers? Mais la vérité pour la france, c’est celle d’avoir délaissé certains pans entiers de l’industrie comme la fabrication de produits High-Tech. Une extrême spécialisation de l’économie est dangereuse car d’une part il est très difficile d’orienter la formation uniquement sur certaines tâches, d’autre part un choc de demande sur un segment spécialisé peut avoir des conséquences graves. Regardez l’Espagne, l’Islande et l’Irlande. Ces trois pays avaient décidé d’orienter leur économie sur un segment particulier pour les résultats que nous constatons désormais.

  2. Oui, on peut interpréter comme vous le faîtes ces deux articles. Confiance dans les vertus du marché d’un côté (Smith) souci de préparer le pays à la concurrence internationale de l’autre (List).

    Toutefois, Smith et List étaient dans leur camp respectif, des modérés. Pour Smith, la spécialisation est plus régionale que mondiale; pour List, le protectionnisme est temporaire.

    Le second article mentionné me fait penser à une opposition bien plus radicale: Ricardo/Graham (F.D Graham « some aspects of protection further considered » quaterly journal of economics, 1923).

    Graham contestait la validité des avantages comparatifs ricardiens lorsqu’un pays est contraint de se spécialiser dans un secteur à rendements décroissants (mieux vaut exporter du drap que du blé). Dans ce cas, le pays s’appauvrit lorsqu’il ne produit plus le bien intensif en progrès technique.

    Ici, le commerce appauvrit parce que le pays se spécialise dans des activités peu productives. Il cherche à moderniser son appareil productif en jouant le jeu des délocalisations, mais il reste piégé au plus bas niveau de la chaîne de valeur.

    Si vous cherchez un compte rendu très complet sur les différentes critiques du libre-échange, je vous conseille « Les échanges internationaux » de Philippe Barbet (1997) , dans la collection Livre de Poche.

    DG

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s