L’industrie ne ment pas

Le mouvement d’opinion protectionniste qui gagne du terrain en France et en Europe procède d’une véritable religion de l’industrie et de l’Etat.

L’industrie, voilà notre destin, clame un groupe de députés conservateurs (Les Echos, 25/01/11).

Ces bonnes âmes patriotiques attribuent les difficultés de l’industrie française aux délocalisations, aux démantèlements organisés par des spéculateurs, à des ONG qui entachent sa réputation (?) et à l’Europe.

Toutes ces choses méchantes (et souvent peu françaises) expliqueraient la perte de 500 000 emplois industriels depuis 2000.

L’appel de nos députés donne dans le lyrisme: nous croyons à l’industrie : parce qu’elle est pour nous le visage de l’économie réelle, dont la crise financière a souligné qu’elle constituait le plus solide pilier de résistance quand tout s’effondrait. Elle est le visage de ses ouvriers et de ses ingénieurs qui font la vitalité de nos territoires, qui donnent un sens à la recherche, construisent nos indépendances, garantissent notre influence commerciale et diplomatique dans le monde.

Apportons trois nuances à toutes ces envolées:

  • La majorité des emplois industriels perdus depuis 1980 ont été victimes des évolutions de la conjoncture, de la saturation de la demande et d’une productivité relativement dynamique (OFCE, 2005).
  • L’industrie ne disparaît pas mais gagne en influence. 20% des emplois supprimés par l’industrie ont été externalisés auprès de prestataires de services de comptabilité, de transport, de nettoyage,  d’informatique ou de recherche. Aider les services, c’est aider l’industrie.
  • Toutes les délocalisations ne sont pas mauvaises. Par exemple, entre 1994 et 2001, l’industrie des composants électriques et électroniques a battu simultanément le record des créations d’emplois (+2,6% en moyenne annuelle) et des délocalisations (Lilas Demmou 2010).

Nos vaillants députés semblent préférer les chiffres impressionnistes aux estimations sérieuses et les subventions sectorielles (le retour à la politique industrielle gaulliste) aux aides individualisées ainsi qu’aux efforts de recherche et développement concertés à l’échelle européenne.

La droite industrielle et ouvrière (nom du groupe auquel appartiennent les dits députés) semble aimer les ouvriers, dès lors qu’ils sont victimes d’une guerre économique sans visage et sans image. Ceux de la manutention ou du secteur abrité de la concurrence étrangère iront se rhabiller.

Le protectionnisme et l’hystérie industrielle ne seraient-ils pas  le socialisme des imbéciles?

DG

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2 Comments

  1. Evidemment ces propos de députés sont démagogiques. Mais il y a une part de vrai. Il faut tout de même admettre que la zone euro sert de variable d’ajustement du commerce mondiale. Les chinois et les américains s’en donnent à coeur joie pour faire des dévaluations compétitives. Oui, des emplois sont détruits mais d’autres sont crées. Le problème, c’est que la qualification requise pour les emplois crées n’est pas la même que pour les emplois détruits. Il en résulte des problèmes d’efficience sur le marché du travail où on a des demandeurs d’emplois qui ne répondent pas aux nouvelles compétences exigées par le marché du travail et des entreprises qui elles ne trouvent pas la main d’ouvre qualifié nécessaire. Le gros problème en France est d’avoir ouvert notre économie mondiale trop vite au commerce mondiale alors même que nous nous étions pas suffisamment préparé. Que des produits à faible valeur ajoutée soient fabriquées dans des pays à bas coût, on ne pouvait y échapper. Néanmoins si on avait pu temporairement protégé nos industries de la concurrence, çelà aurait permis à nos entreprises de s’adapter à la nouvelle donne économique et donc de reconvertir leurs employés dans de nouveaux métiers au lieu de délocaliser brutalement. Désormais il est trop tard, puisque la Chine a désormais la puissance financière pour investir dans l’innovation et il est fort à parier que nous soyons aussi concurrencer dans le haut de gamme.

  2. Vous avez raison, la chute des emplois industriels est très rapide depuis 2002. Plusieurs années de gains ont été annulées, alors que la concurrence étrangère est de plus en plus vive.

    Comme vous le savez, la lutte contre le chômage n’est pas la priorité des pouvoirs publics. Dans ce contexte, que des députés en fassent des tonnes au nom du mythe industriel en dit long sur la prise en compte du problème.

    Ces bouillants édiles devraient se hisser au niveau de leur fonction (qui est d’apporter des solutions nouvelles et crédibles) et se plonger un peu plus dans les contradictions de la société français.

    Par exemple, ne sont-ce pas de grands groupes français qui réimportent à partir de pays à bas salaires et concurrencent ainsi les PME? Quelle est la contribution fiscale réelle de ces groupes?

    Les transferts de ressources affectés aux groupes sociaux qui peinent à retrouver un emploi sont ils dignes de ce nom en France? Le jour où nous y consacrerons autant de fond que la Finlande ou le Danemark, il sera temps de se retourner contre les pays émergents.

    Vous souhaitez un euro compétitif pour riposter à la dépréciation conjointe du dollar et du Yuan. Pourquoi pas, mais j’attire votre attention sur le fait qu’un nombre important de délocalisations s’effectuent entre pays de la zone euro et que certaines d’entre elles permettent à des entreprises de continuer à exporter à partir d’intrants à meilleur coût.

    DG

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