Petites discriminations entre urbains

Qui n’a jamais pensé qu’il travaillerait plus efficacement s’il était mieux entouré?

Cette intuition est à la base du dernier modèle d’Anthony Venables, dans lequel il étudie  comment  les centres urbains huppés attirent à eux les actifs les plus qualifiés.

Identifier correctement la qualité de ses partenaires de travail représente un enjeu important pour les plus qualifiés qui, plus que les autres,  ont intérêt  à ne pas se tromper de crèmerie et à signaler leurs compétences réelles.

Les villes les plus prisées  permettent de résoudre ce problème d’information.

En effet, quand il s’installe dans un centre urbain cossu, un cadre supérieur filtre nécessairement son entourage immédiat.  Le coût d’entrée dans la place décourage ceux qui n’ont pas autant de compétences à valoriser et l’investissement réalisé signale aux autres sa qualité. Au total, notre cadre améliore ses chances de réaliser l’appariement professionnel qui correspond à ses aspirations.

Jusqu’ici, la théorie économique n’avait envisagé la résolution des risques inhérents à la relation salariale que du côté des employeurs (« mon salarié est-il fiable? », « n’a-t-il pas redoré son CV? »,  « ne risque-t-il pas se vendre aux concurrents ? »). Pour limiter les risques, l’entreprise était supposée relever son salaire afin d’attirer les meilleurs candidats et les dissuader de remettre en cause la relation de confiance.

Dans le modèle de Venables, le processus de sélection professionnelle est abordé de manière plus complète et à une échelle plus collective.

Ce sont les salariés, véritables entrepreneurs de leur capital humain et de leur réputation, qui sont à l’ouvrage et l’auteur modélise  à juste titre la façon dont les plus qualifiés confirment  et diffusent leur bonne image professionnelle  en rejoignant des réseaux associatifs fermés.

La logique ségrégative du modèle (les bons avec les bons, dans les lieux les  plus onéreux) correspond à une certaine réalité sociale.

Le processus qui nous est décrit s’exerce sans avoir recours aux explications classiques (le progrès technologique, la mondialisation):  le simple fait que les personnes aient la possibilité de choisir leur environnement professionnel déclenche la dynamique. On retrouve là une logique observée dans le domaine de la carte scolaire.

Tout en lisant ce papier, on est bien obligé de penser que les salariés très qualifiés, aussi endogames soient-ils, n’en restent pas moins dépendants des autres.  Le profil de plus en plus à l’américaine des grands centres urbains, où se côtoient aisés et précaires, donnera surement matière à d’autres papiers tout aussi intéressants.

DG

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