Le taux d’ouverture des pays riches va-t-il diminuer?

Cette question ne relève pas d’un scénario catastrophe mais  d’une « loi » économique » fort sérieuse: la tendance à la « décroissance relative des échanges internationaux », suggérée par l’économiste Werner Sombart (1863-1941) .

Selon W. Sombart, la tertiarisation des économies s’opposerait à l’internationalisme économique. Cette idée fut reprise par John Maynard Keynes en 1933 dans son texte De l’autosuffisance nationale.

La baisse atendancielle du taux d’ouverture au commerce extérieur

Voici l’énoncé qui figure dans l’excellent Dictionnaire des lois, effets et principes économiques (1979):

« A mesure que se développent les divers pays exportateurs et importateurs, leurs orientation vers un accroissement de la part des services par rapport aux biens intangibles freinerait l’essor du commerce international« .

Ainsi donc, la tendance des services à être consommés sur leur lieu de production aboutirait à réduire la propension moyenne à importer.

Le moins que l’on puisse dire est que l’extraordinaire croissance des échanges internationaux depuis 1945 a fait tomber cette loi dans l’oubli.

Qui plus est, la majorité des économistes s’accordent pour établir un lien  positif  entre taux d’ouverture et PIB par habitant.

Seulement voilà, des études récentes nous obligent à revisiter la « loi de Werner Sombart ».

Des résultats récents qui intriguent

Une diminution des taux d’ouverture en trompe l’oeil

Grâce aux investigations de Simon Guttman et Anthony Richards, nous pouvons vérifier que la diminution du taux d’ouverture avec le PIB/habitant  est une illusion statistique.

Cette erreur est bien connue dans la littérature (voir ici). Elle provient d’une « déformation » de la structure des prix entre les produits échangeables et non échangeables qui affecte soit le numérateur du taux d’ouverture (montant des exportations ou des importations), soit son dénominateur (montant du PIB).

  • L’effet numérateur: à mesure qu’un pays s’enrichit, il enregistre des gains de productivité qui se concentrent dans le secteur exposé à la concurrence étrangère. Le plus souvent, il s’agit des biens industriels. A mesure que leur prix relatif diminue le numérateur du taux d’ouverture a tendance à baisser. On croit observer une fermeture de l’économie, alors que la concurrence étrangère est plus intense!
  • L’effet dénominateur: un pays qui s’enrichit grâce à une meilleure productivité offre de meilleurs salaires à sa population, mais comme la productivité des services est peu dynamique,  leur prix relatif augmente, ce qui amplifie  artificiellement la valeur du PIB  et réduit le taux d’ouverture.

Lorsqu’on neutralise la  variation de prix des services, on constate que l’impact du PIB moyen sur le taux d’ouverture disparaît, ou n’est quasiment plus perceptible.

Il n’existe donc pas de « loi d’airain »  en matière de mondialisation (dans un sens comme dans l’autre) et, par chance, une société peut moduler son  degré d’ouverture en jouant sur le taux de protection commerciale ou bien la qualité de ses infrastructures et de ses institutions.

DG

Pour aller plus loin: A guide to measures of trade openess, H. L. David (2007).

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s