Le « fabriqué en France » ne ment pas

Christian Estrosi, Ministre chargé de l’Industrie

La philosophe Hannah Arendt dit que la beauté de la politique réside dans sa faculté à créer du nouveau, de l’inédit.

Le Ministre Estrosi vient  d’ installer  quelque chose que l’on n’avait jamais vu chez nous: l’Observatoire du fabriqué en France . Le Ministre souhaite que l’industrie française gagne des parts de marchés intérieures et extérieures tout en achetant le moins possible de composants à l’étranger.

Flanqué d’un  logo tricolore, le premier document de l’OFF propose trois indicateurs *:

  • La  » part française de la production fabriquée en France »: en 2009, sur 100 euros de produit réalisés en France, on compte 69 euros de composants français, contre 75 en 1999. Plus on importe, plus on délocalise, plus ca baisse.
  • « Le positionnement des filières françaises dans les échanges mondiaux »: c’est-à-dire le ratio exportation sur importation, qui est passé de 104 à 99% en dix ans.
  • La  » part française des produits fabriqués en France dans le marché intérieur »: sur 100 euros de produits finals achetés en France, 64 ont été fabriqués en France, contre 67 en 1999.

Fabriqué dans la précipitation, le document s’avère émaillé de contradictions, de coquilles et d’approximations.

Les auteurs entretiennent une confusion entre les critères de nationalité et de résidence des unités productives.  Si la priorité est donnée aux activités résidentes sur notre sol, il faut éviter de les qualifier de françaises car les critères  géographiques et juridiques sont de  plus en plus distendus.

Il existe des contradictions entre ce que dit la notice technique  du document et les commentaires des auteurs, ce qui  gêne considérablement la compréhension. C’est le cas pour le premier critère, qui  donne lieu à deux définitions différentes.  Un graphique ne correspond pas à sa légende et, emporté sans doute par la passion du « fabriqué » , on confond des unités physiques et des montants en euros (il est dit que « sur 100 bateaux achetés en France, 67 sont fabriqués en France », alors qu’il s’agit en réalité d’une part de marché en valeur).

Mais il y a plus embêtant.

Les auteurs ont une conception maximaliste de la compétitivité française. Dans leur idéal, il faudrait consommer local , produire sur place à partir de produits locaux… tandis  que les étrangers s’arracheraient nos produits!

La réalité est moins simple car bien souvent, il ne suffit pas d’améliorer le contenu « français’ des productions  « françaises » pour  que  leur part de marché s’améliore.

Prenons l’exemple de la filière ferroviaire. En dix ans, c’est celle qui  a  le plus intensément reconquis son marché intérieur et développé les achats de composants étrangers

Les auteurs mettent avant la filière de la mode et du luxe: « d’autres filières, qui se sont recentrées sur des segments à forte valeur ajoutée, comme celui de la mode et du luxe ont vu un accroissement de la valeur revenant aux acteurs français de ces filières. » Or le luxe  perd des parts de marchés internationales. A l’inverse,  la filière aéronautique, qui est la moins « française » en termes de contenu local,  affiche des performances remarquables à l’exportation.

Le Ministère veut donner l’impression qu’il défend l’emploi local, mais il passe sous silence que le mode d’adaptation à la concurrence qu’il semble valoriser (la concentration sur le haut de gamme avec des composants locaux) s’accompagne de la réduction drastique des emplois non qualifiés.

Manifestement, l’OFF n’est pas encore sec et la réalité économique a des complexités que la passion identitaire ignore.

DG

 

*L’étude porte sur « 10 des 11  filières stratégiques de l’industrie française »:  l’automobile, l’industrie de la mode et du luxe, l’aéronautique , les industries des biens de consommation, le ferroviaire,  la chimie et les matériaux, la construction navale , les industries de santé, les technologies et services de  l’agroalimentaire.

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