Le protectionnisme ferait peu de gagnants

Paul Krugman salue le vote des parlementaires américains qui menacent de riposter à la sous-évaluation du yuan par  une  taxation  des exportations chinoises  .

L’éventualité d’une guerre commerciale n’effraie pas le Prix Nobel d’économie:

« Diplomacy on China’s currency has gone nowhere, and will continue going nowhere unless backed by the threat of retaliation. The hype about trade war is unjustified — and, anyway, there are worse things than trade conflict. In a time of mass unemployment, made worse by China’s predatory currency policy, the possibility of a few new tariffs should be way down on our list of worries.« 

Comment sortir gagnant d’une telle confrontation?

Le pays qui l’emporte est celui qui est capable de causer plus de dommages à ses compétiteurs que la réciproque (il importe moins depuis l’étranger, mais ne perd pas trop d’exportations en cas de représailles).

Une telle situation se caractérise par deux conditions (P. Artus, 2009):

  • La production locale remplace facilement les importations (ce qui se traduit par une forte l’élasticité-prix des importations*).
  • Les exportations diminuent peu en cas de riposte tarifaire (ce qui se traduit par une faible élasticité-prix des exportations).

La première condition exige que la production locale soit diversifiée (pour être en mesure de se substituer à l’offre extérieure)  et  la seconde que l’offre soit sophistiquée (pour que les clients étrangers  persistent  à l’acheter).

Il faudrait qu’en dehors de soi même, tout le monde soit remplaçable.

Le tableau ci-dessous montre une réalité différente.

Prenons l’exemple des  Etats-Unis.  Ils ne vérifient qu’un seul critère:  certes, leurs  exportations sont peu sensibles aux prix mais les  importations sont totalement indépendantes de leur coût (élasticité-prix nulle).

Moralité: les produits américains continueraient à se vendre en dépit d’éventuelles représailles, mais les ouvriers américains concurrencés pas les importations ne gagneraient pas grand chose en termes d’emplois .

En revanche, les USA ont des atoûts pour menacer un pays précis, en particulier la Chine: ses exportations sont très sensibles aux prix (3 fois plus que les ventes américaines) et l’application  de tarifs discriminatoires  bénéficierait aux pays émergents concurrents de la Chine.

Au total, à part  les pays d’Europe de l’Est (Peco), les émergents hors Asie et le Japon,   aucun autre pays n’a  intérêt à la généralisation du protectionnisme.

Et la France?

Elle  pourrait être tentée de freiner ses importations  mais les représailles auraient un effet boomerang très significatif  sur ses exportations.

Il y aurait peut-être une alternative:  le protectionnisme monétaire (dépréciation de l’euro). En effet, comme les conditions de Marshall-Lerner sont réunies (la somme des élasticités-prix des importations et exportations est supérieure à l’unité), un euro moins cher améliorerait notre solde commercial.

Toutefois,  ne rêvons pas. Nous aurions, éventuellement,  le soutien de l »Espagne, mais pas celui de l’Allemagne et de l’Italie.

DG

*L’élasticité-prix des importations indique de combien varie le volume importé (en %) lorsque le prix des produits importés varie de 1% (par exemple, si le prix des importations allemandes augmente de 1%, le volume importé diminue de 0,15%, d’après le tableau ci-dessus).

P. Artus, Protectionnisme: qui seront les gagnants et les perdants s’il se généralise? , Eco-Hebdo, n°78, 11/02/09.

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