Le Brésil de Lula

Le second mandat du Président brésilien Ignacio Lula da Silva touche à sa fin.

Afin de dresser un premier bilan des années 2003-2010, la revue Problèmes économiques a rassemblé quatre articles dont voici la synthèse en trois éclairages: un check list de l’économie brésilienne suivi par une description du tournant pris par les politiques économiques et sociales .

Brésil 2003-2010: une économie assainie, une puissance émergente

Croissance: hormis deux années de récession (2003 et 2009), l’économie brésilienne est en expansion avec un taux de croissance « supérieur et moins volatile que dans les années 90 » (+1,2% en 2003, 6,1% en 2007). L’activité est tirée en premier lieu par les dépenses d’investissement et de consommation.

Inflation: entre 2003 et  2007, la croissance de l’indice des prix à la consommation est divisée par deux (9,3 à 4,5%).

Emploi:    le taux de chômage diminue d’environ un tiers (11,8% à 7,9% en 2008), 13 millions d’emplois formels ont été crées. La chute brutale de l’emploi en 2008 est compensée l’année suivante.

Balance extérieure: malgré l’appréciation constante du real, l’excédent de la balance commerciale double entre 2003 et 2007. Le dynamisme des exportations repose sur le soja, le sucre mais aussi les véhicules routiers,  l’aéronautique et les machines-outils .

Le Brésil est aujourd’hui la dixième puissance économique mondiale et pourrait accéder au cinquième rang en 2014.

Politique économique: le tournant néokeynésien

Le Président  antérieur, Fernando Cardoso, avait mené une politique économique  fondée sur le tryptique: « privatisation-libéralisation-rigueur budgétaire et monétaire« .

Lula ne rompt pas  avec cette orientation  mais lui donne une coloration plus interventionniste et plus centrée sur le marché intérieur.

Ni privatisations, ni nationalisations: Laurent Delcourt (2010)  insiste sur le coup d’arrêt donné aux privatisations et la multiplication des partenariats public-privé dans le cadre du vaste programme de relance des infrastructures collectives initié en 2007.  L’Etat resserre son contrôle sur les ressources énergétiques du pays sans avoir recours aux nationalisations. C’est ainsi que l’exploitation des gisements de pétrole, découverts récemment le long de la côte ouest, associe entreprises publiques et privées  et qu’une partie des recettes devrait aller à la lutte contre la pauvreté et à l’éducation.

Un équilibre difficile: rigueur économique et soutien à la croissance: Lula ne s’affranchit pas des contraintes financières et, dès son entrée en fonction, il s’engage sur des objectifs de réduction des déficits publics  plus ambitieux que les recommandations du FMI (2,2 milliards d’euros d’économies supplémentaires, alignement des retraites du public sur celles du privé). L’augmentation brutale des taux d’intérêt rassure les marchés financiers sur ses intentions, au risque de pénaliser l’emploi dans les premiers mois de sa présidence.

Cependant, une fois acquise la confiance des marchés financiers internationaux (les capitaux affluent du nouveau, les IDE sont multipliés par 4 entre 2003 et 2008), Lula entreprend une politique active de soutien à  l’investissement et à la consommation. Par exemple, au cours de sa présidence, le  salaire minimum double et le budget de l’Etat  encourage  la recherche et développement. Les mesures anticycliques de relance sont décidées rapidement en 2008.

Politique sociale: l’inflexion libérale-égalitaire

Programme "Bourse Famille"

« Nous ne sommes pas au pouvoir, nous sommes arrivés au gouvernement », déclare Lula lors de son entrée en fonction.  Il ne faut pas oublier en effet que le parti des travailleurs ne dirige  que 3 Etats sur 27 et ne bénéficie que d’une majorité relative au parlement.

En conséquence,  Lula a édulcoré puis abandonné l’ambitieuse réforme agraire que son aile gauche espérait et sa présidence ne débouche pas sur une rupture en termes de répartition des revenus.

L’échelle des revenus se resserre, mais aussi vite que sous la présidence précédente c’est-à-dire à un rythme  fort lent.

Le Brésil reste l’un des pays les plus inégalitaires du monde: le coefficient de Gini (compris entre 0 et 1, il mesure le degré de concentration des revenus) diminue très modestement (0,53 en 2006 contre 0,55 en 2002). Les revenus du dixième le plus riche de la population ont augmenté fortement, tandis que les programmes de lutte contre la pauvreté mis en place par Lula ne représentent au total que 0,84% du PIB.

Pourtant, parce qu’elle est très ciblée , la politique sociale est loin d’être négligeable.

En application du « principe de différence » chèr à John Rawls, l’administration Lula a fait en sorte que la croissance économique bénéficie aussi aux plus démunis.

Le versement de bourses aux familles les plus pauvres avec engagement de scolarisation des enfants et de fréquentation des centres de santé) concerne 12,5 millions de personnes et contribue à la division par deux du taux de malnutrition infantile.

Les quelques dizaines de réals mensuels supplémentaires adressés aux familles les plus modestes ont un impact significatif sur leur conditions de vie (auquel s’ajoutent  l’établissement de restaurants populaires et la distribution de repas gratuits aux éleves de l’enseignement public).

Les auteurs concluent toutefois que la réduction du nombre de pauvres  est principalement dû à la croissance économique.

Au terme de la Présidence Lula, les transferts sociaux restent bien modestes si on les compare aux standards européens:  » Un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économique révèle que la différence des inégalités en 2006 avant et après transferts sociaux nets d’impôts est très faible en Amérique latine d’une manière générale et au Brésil en particulier. L’écart entre les coefficients de Gini avant et après redistribution n’est que de deux centièmes au Brésil, alors qu’il est de quinze centièmes en Europe (0,46 à 0, 31) (…) En définitive, les programmes sociaux n’ont réduit, depuis 2003 et jusqu’à 2007, que de 6,4% le nombre de pauvres au Brésil. » (Pierre Salama, 2009).

Au moins, Lula aura-t-il contribué à faire émerger l’Etat social dans son pays et à inscrire sa politique dans la durée.

DG

Le Brésil de Lula, Problèmes Economiques, mercredi 15 septembre 2010, n° 3002.

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