Suspendons le "bouclier fiscal"

"Je sais très bien que le pacte de stabilité est stupide"  déclarait Romano Prodi en  2002, redoutant que l’austérité budgétaire en période de récession n’enfonce plus encore la zone euro dans la crise.

Désormais que cette "stupidité" est  à l’ordre du jour, comment maîtriser les comptes publics sans trop pénaliser l’activité économique?

D’après Joseph Stiglitz et Paul Krugman, il ne faut  pas réduire les dépenses publiques mais accroître la fiscalité.

Chacun à sa façon, les deux Prix Nobel expliquent pourquoi il serait judicieux de taxer plus fortement les  ménages très favorisés, ce que le "bouclier" fiscal n’autorise plus en France:

  • L’argument de Joseph Stiglitz est keynésien:  si l’Etat prélève un euro sur le revenu des ménages, cela  diminue (en moyenne) l’épargne de 15 centimes et la consommation de 85 centimes. Comme les plus aisés épargnent beaucoup, il est possible de les taxer sans trop nuire à la consommation et à l’activité économique. En revanche, chaque euro de dépense publique en moins ampute immédiatement et  du même montant la dépense globale du pays.
  • Paul Krugman s’appuie sur une version corrigée de la théorie du revenu permanent ( Milton Friedman) d’après laquelle les ménages sont supposés utiliser leur épargne pour stabiliser leur consommation au cours du temps. Ainsi, les plus aisés ont la capacité de réduire leur épargne et même de puiser dans leur patrimoine en cas de hausse d’impôt. A l’inverse, les plus modestes ont une consommation beaucoup plus instable. Ils vivent "au fil de l’eau" et toute variation du revenu courant se répercute sur leur dépense.

La  "stupidité" du bouclier fiscal réside dans le fait qu’il  interdit de prélever de nouvelles taxes sur la partie de la population  qui consomme relativement peu et de façon stable.

Cerise sur le gateau, en ayant la théorie du revenu permanent à l’esprit,  le Gouvernement pourrait s’offrir le luxe d’augmenter les impôts des plus riches sans trop se dédire. En effet, pour que  la consommation ne dégringole pas trop, il suffit d’annoncer une hausse d’impôt temporaire, par exemple en suspendant  le " bouclier fiscal"  jusqu’au retour de la croissance.

A défaut,  l’Etat n’a pas d’autre choix que de tailler dans ses dépenses, au risque de ralentir l’activité économique.

D G

About these ads

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s