Chroniques krugmaniennes

Chaque samedi, nous vous proposons un résumé de la semaine du blog de l’économiste américain Paul Krugman.

Cette semaine, Paul Krugman aura été un bon petit soldat keynésien, doublé d’un démocrate de choc.

Tout d’abord, il n’a pas manqué de se réjouir à l’annonce d’un nouveau plan de relance de 50 milliards de dollars centré sur les infrastructures publiques.

En plus de l’effet macroéconomique de ces dépenses (le multiplicateur keynésien d’investissement), Krugman met en avant un bénéfice microéconomique: il vaut mieux que l’Etat dépense de l’argent pour produire les biens publics (routes, ponts etc…) dont l’économie américaine manque cruellement, et que le marché ne fournirait pas en quantité suffisante,  plutôt que de distribuer du pouvoir d’achat sous forme de baisses d’impôts. Ce à quoi l’économiste du FMI Olivier Blanchard rétorque qu’il serait plus judicieux d’affecter des fonds à destination des jeunes et des chômeurs de longue durée.

En mémoire de 11 septembre 2001, Krugman rappelle que les Républicains avaient cyniquement profité de l’évènement pour voter de nouveaux allègements de charges en faveur des entreprises. Au moins l’Administration n’a-t-elle pas répété cette erreur: « Nine eleven: » a day of infamy followed by years of infamy« , écrit-il, rageur.

Cela fait des mois que le Prix Nobel réclame une plan de relance supplémentaire (voir ici). Car contrairement à ce que les républicains prétendent, Krugman affirme que l’Etat américain s’est montré moins dépensier que celui de « la sage Allemagne«  (cf le graphique ci-dessus, à compléter avec l’évolution de la part des dépenses publiques dans le PIB potentiel des Etats-Unis).

Selon Krugman, la timidité avec laquelle on a combattu la crise dans son pays se paie très cher en termes de chômage.

Dans le même ordre d’idée, il moque l’OCDE qui recommande à la FED de relever ses taux d’intérêts pour maîtriser les anticipations d’inflation alors que les marchés ne demandent rien du tout (la prime de risque sur les bons d’Etat a été divisée par deux).

N’écoutons pas  les marchés uniquement lorsque cela nous arrange, ironise Krugman…

L’économiste se penche sur le pays qui symboliserait l’échec de la relance keynésienne: le Japon.

En réalité, dit-il, rien n’aurait pu contrebalancer les retombées négatives de la démographie de ce pays: depuis 1992,  la richesse relative du Japon (PIB Japon/PIB Etats-Unis) a chuté dans une proportion identique à celle de son potentiel relatif de main d’oeuvre (64% de la population est en âge de travailler contre 67% aux Etats-Unis).

Dans ce contexte, les relances volontaristes mises en oeuvre ont tout juste permis d’éviter le pire.

A cela, on objectera la causalité inverse: et si le marasme économique japonais avait accéléré le vieillissement démographique?.

Terminons sur une chanson.

Il y a de plus en plus de musique sur le blog de Paul.

Un brin nostalgique (les Who**, Fred Astaire, Marylin Monroe, Eric Clapton), Krugman met en ligne une ancienne chanson (totalement loufoque) à la gloire des femmes qui remplacèrent les hommes dans les usines au cours de la seconde guerre mondiale (« Rosie the riveter »)

C’est supposé remonter le moral, mais Krugman suggère-t-il qu’il faudrait une « bonne guerre » pour sortir de la crise?

A moins qu’il s’agisse là d’un bras d’honneur subliminal adressé aux anti-Obama (oui oui, regardez bien le début de la vidéo).

DG

*La chanson des Who (« Its not enough ») permet à Krugman d’illustrer l’engrenage endettement-déflation au cours duquel on ne finit jamais de rembourser ses dettes pour la simple raison que l’effort de restriction des dépenses entraine la baisse des prix et accroit le coût réel de l’endettement.

 

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