Exporter plus pour embaucher plus

Entre 2000 et 2005, les échanges internationaux de biens et de services auraient détruit 36 000 emplois par an, soit 29% des pertes totales dans les branches qui ont vu leurs effectifs reculer.

C’est la conclusion de l’étude réalisée par Muriel Barlet, Didier Blanchet et  Laure Crusson en mai 2009, pour le compte de l’Insee.

Leur travail attire l’attention pour plusieurs raisons.

D’une part, il tranche avec des recherches antérieures, souvent limitées à l’industrie,  qui aboutissaient à des estimations beaucoup plus modérées (de 10 000 à 15 000 emplois perdus par an). D’autre part, les auteurs remettent au goût du jour, tout en l’améliorant, l’approche comptable dite « du contenu en emploi » des importations et des exportations (*).

Enfin, cette d’étude permet de comprendre pourquoi le protectionnisme serait une erreur.

Deux raisons à cela:

  • Le contexte macro-économique reste le principal déterminant de l’emploi. Les évolutions des échanges internationaux pèsent moins que celles de la productivité et de la demande intérieure (consommation, investissement, dépenses publiques). Par exemple, entre 1997 et 2000, le dynamisme de la dépense intérieure a largement compensé les effets de la concurrence étrangère: en 2005, les importations ont détruit autant d’emplois qu’en 2000 (environ 700 000) mais les débouchés intérieurs avaient permis de créer 1 500 000 emplois, contre 900 000 en 2005. Depuis 2003, la morosité du contexte macro-économique fait ressortir et aggrave l’impact de la mondialisation: »En phase haute de cycle où la demande est porteuse, le nombre de branches qui détruisent des emplois devient beaucoup plus limité. Même si la concurrence internationale subsiste, un plus grand nombre de branches arrivent à éviter qu’elle ne se traduise en pertes d’emploi en tirant parti du dynamisme de la demande. Les destructions d’emplois imputables à l’internationalisation fléchissent donc et ne représentent plus qu’environ 20 000 emplois par an. Dans le même temps, on constate que la contribution positive des échanges à l’évolution de l’emploi se renforce, soit parce que les producteurs français profitent de la bonne conjoncture pour regagner des parts du marché national, soit en raison du dynamisme de leurs exportations« .

  • Le problème réside plus dans les exportations que dans les importations. C’est l’enseignement que je retire d’un tableau (**) qui indique que contrairement à 1994 et 1999 (autres « années noires » en termes d’emplois perdus à cause des importations: -900 000 postes), l’année 2005 ne voit pas la contribution positive des exportations remonter autant que les années précédentes. Ce moindre dynamisme, qu’il faudrait expliquer, se traduit par un déficit de 100 000 emplois.

Remarquons, pour conclure, qu’entre 1991 et 2005, les emplois gagnés grâce aux exportations ont permis de compenser près de 90% des pertes subies du fait des importations.

* Comptablement, l’emploi d’un secteur donné dépend positivement de la demande et des exportations, et négativement des importations et de la productivité.

(**) graphique III p. 16.

D. G

M. Barlet, D. Blanchet, L. Crusson, « Globalisation et flux d’emplois: que peut dire une approche comptable? », Economie et Statistiques, n°427-428, mai, 2009.

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