Repenser la politique de soutien à l’innovation

 En ces temps de crise et de vaches maigres budgétaires, il n’est pas facile pour la France de combler rapidement son  retard en matière de dépenses privées en recherche et développement (1,2% du PIB contre 2,01% aux Etats-Unis en 2008).

Un volontarisme réfléchi est cependant possible, à condition que les pouvoirs publics diversifient leurs cibles (les entreprises de plus de 5000 salariés ne sont pas les seuls acteurs de la R&D) ainsi que leur mode d’action.

Tel est le message que livre Estelle Dhont-Peltrault, dans une des « notes de veille » du Centre d’analyse stratégique.

Vrais problèmes et faux débats

Le positionnement des entreprises françaises pose problème. En effet, et contrairement à ce que l’on  observe aux Etats-Unis ou en Allemagne, notre industrie se spécialise dans les activités de basse ou moyenne-basse technologie (1):

  « (…) parmi l’échantillon des 1350 plus gros budgets mondiaux de R&D, les entreprises françaises se caractérisent par une intensité globale en R&D inférieure (respectivement 2,7% et 4,5% de leur chiffe d’affaires consacré au financement de la R&D) (…) Ainsi, les entreprises de forte intensité technologique (…) dans les secteurs liés aux technologies de l’information et de la communication et à la santé (…) ne représentent que 6% des entreprises de l’échantillon français contre plus du quart de l’échantillon américain« .

L’auteur souligne que les pouvoirs publics en ont pris conscience, comme tend à le démontrer l’affectation d’un quart du « grand emprunt » (35 milliards d’euros) au financement des secteurs d’avenir (biotechnologies, nano-biotech…).

En revanche, Estelle Dhont-Peltrault conteste l’idée selon laquelle notre pays manquerait d’entreprises de taille intermédiaire « capables de s’engager dans des projets de R&D d’envergure  tout gardant une forte flexibilité de l’offre« .

Elle indique que la densité (ratio d’entreprises à la population en âge de travailler) des entreprises de 250 à 5000 salariés est la même qu’aux Etats-Unis et que ces dernières réalisent 30% des dépenses en R&D contre 24% outre-atlantique.

Il convient que les pouvoirs publics concentrent leurs aides sur les entreprises existantes.

Agir  de 2 façons  pour encourager la R&D

Synthétisons la pensée de l’auteur.

Pour accroître les dépenses de R&D privées, il existe deux options qui concernent deux populations cibles distinctes:

  • Une action intensive, qui vise à améliorer  la part du chiffre d’affaires que les entreprises consacrent à la R&D (R&D/CA). Sont concernées en premier lieu les entreprises industrielles de 50 à 5000 salariés qui se signalent par des efforts d’innovations relativement faibles (entre 2,1 et 2,5% du CA contre 4% aux Etats-Unis). Il est en effet étonnant de constater que l’effort d’innovation suit chez nous une courbe en U en fonction de la taille des entreprises, alors qu’il reste plutôt stable aux Etats-Unis
  • Une action extensive sur le chiffre d’affaires. En effet, l’auteur constate qu’il existe un déficit général de productivité des entreprises françaises (moindre capacité à dégager du chiffre d’affaires par salarié), y compris lorsqu’elles  engagent des dépenses  en R&D plus fortes que leurs homologues américaines! Les entreprises de moins de 250 salariés du secteur non manufacturier  présentent un déficit de chiffre d’affaires important qui appelle une réponse spécifique. Pour permettre à ces firmes de transformer leurs projets en succès commerciaux, le papier recommande de s’inspirer du Small Business Act, qui accompagne  les pme américaines à tous les stades du processus d’innovation.

Remarques

Dans ce travail fort utile, il aurait été intéressant de mentionner les difficultés de financement que rencontrent les pme innovantes mais aussi de préciser que l’innovation ne passe pas forcément par le canal de la R&D technologique (par exemple l’organisation du travail).

Enfin, on pourrait analyser l’impact de la R&D sur la productivité des entreprises en décomposant cette variable: de la manière suivante:  CA/S=CA/R&D. R&D/S (avec CA=chiffre d’affaires, S=effectifs salariés).

A partir là, il serait aisé de distinguer parmi les entreprises celles qui connaissent un déficit dotation de R&D par salarié de celles qui ont une moindre rendement en R&D (voire les deux à la fois).

 D. G

 

 

(1) Voir J-L Beffa, Pour une nouvelle politique industrielle, Rapport pour le Président de la République, 2005 (réf. de l’auteure).

E. Dhont-Peltrault, « R&D et structure des entreprises: une comparaison France/ Etats-Unis« , Centre d’analyse stratégique, La note de veille, n°173, Avril 2010.

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