Le trilemme de la mondialisation

L’économiste Dani Rodrik propose sa lecture des enjeux de la « crise grecque » à la lumière du schéma ci-dessus.

Il s’agit d’un « triangle d’incompatibilité » qui fonctionne selon la logique du « tiers exclu ». 

En effet, d’après Rodrik, il n’est pas possible de concilier l’intégration économique,  la souveraineté de l’Etat nation et la démocratie politique (c’est-à-dire la capacité d’une majorité de la  population à influencer les politiques économiques).

Il en déduit qu’une des variables doit céder la place aux deux autres.

Avec ce canevas, l’histoire de la mondialisation se donne à lire en 3 temps:

  1. L’âge libéral:c’est la période de l’étalon-or (avant 1914), au cours de laquelle l’intégration financière mondiale se conjugue avec la souveraineté des Etats dans un contexte de démocratie bridée. Par exemple, en cas de déficit extérieur, on ne convoque pas les partenaire sociaux mais ce sont les sorties d’or qui, diminuant la masse monétaire , règlent le problème par une une cure de déflation qui doit rétablir la compétitivité du pays.
  2. L’âge keynésien: période de Bretton Woods (1944-1971). La démocratisation des sociétés implique que les populations aient leur mot à dire en matière de politique économique (plein emploi, sécurité sociale etc…), ce qui se traduit par un strict contrôle des mouvements internationaux de capitaux qui redonne un degré de liberté supplémentaire au débat économique.
  3. L’âge de la globalisation: à mesure que la finance mondiale gagne en autonomie, elle exerce sa contrainte sur les politiques économiques qui restent encore nationales. Pour sortir de cette situation inconfortable, il faudrait  avancer sur la voie d’une démocratie mondiale et dépasser les Etats Nations (gouvernance dont nous sommes encore loin et que Rodrik appelle de ses voeux).

La crise grecque découle de l’hésitation de l’Europe entre trois scénarii:

  1. Préservation de l’intégration européenne tout en  « bridant la démocratie »: propositions de mettre les budgets nationaux sous la tutelle d’une autorité supérieure (option allemande défendue par certains économistes comme Jean Tirole)
  2. Retour aux compromis sociaux d’après guerre et aux frontières économiques d’antan,au risque de supprimer l’euro (option social/souverainiste).
  3. Fédéralisme européen en matière budgétaire et politique.

J’en vois un quatrième: utiliser l’euro afin de concurrencer la suprématie financière des Etats-Unis… et sortir du trilemme.

Et maintenant, faîtes vos jeux.

 D. G

Dani Rodrik, « Leçons grecques pour l’économie mondiale« , mai 2010, Projet Syndicate,

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