La musique anglo-saxonne n’est plus hégémonique

Joel Waldfogel s’attaque à une idée reçue: l’hégémonie culturelle des Etats-Unis en matière musicale.

La méthode est simple: il rapproche le poids économique des Etats-Unis (part dans le PIB mondial) et leur part de marché dans les ventes mondiales de  « pop music ». Résultat : une quasi proportionalité.

Ce résultat n’est pas très étonnant car la « résistance » relative du marché musical aux influences extérieures (surtout si l’on compare au cinéma) est avérée depuis longtemps (sans doute en raison de la barrière de la langue).

Ce qui attire l’attention c’est ceci: l’auteur constate, entre 1950 et aujourd »hui, que la part de marché des « hits » locaux au sein de  22 pays suit une parfaite courbe en U: décroissante jusqu’à la fin des années 80 puis ascendante au point que « l’autosuffisance » musicale a retrouvé son niveau de 1970, soit 70% de la consommation de musique produite par des artistes locaux (1).

L’auteur démontre que ce processus apparent de démondialisation suit très exactement le déclin de l’influence musicale anglaise.

Passé l’instant de joie que ne manque pas de procurer cette bonne fortune graphique, une question assaille l’économiste: pourquoi?

Waldfogel avance trois raisons:

  • Le protectionnisme culturel: depuis le milieu des années 90, des quotas de chansons locales ont été institués dans nombre de pays afin de préserver la diversité culturelle dans les médias (et l’auteur de citer François Mitterrand, ce grand défenseur de « l’exception culturelle« , sans lequel, et Mr Sarkozy lui même consentirait à le dire, nous aurions plus de problèmes à écouter de la chanson française à la radio).
  • L’adaptation du contenu des chaînes musicales (ex: MTV) aux contextes nationaux c’est-à-dire la diffusion de productions locales conformes aux goûts mondiaux et capables, éventuellement, de s’exporter dans le monde anglosaxon (ex: le reggaeton latino-américain).
  • L’effet positif d’internet sur la promotion d’artistes locaux.

On n’observe donc pas de tsunami musical anglosaxon, mais plutôt la  participation de nombreux pays aux courants musicaux les plus en vogue, ce qui s’effectue, peut-être, au détriment de genres plus confidentiels, comme la  musique classique (2) et d’oeuvres locales peu exportables.

 

(1) L’étude porte sur 70 000 chansons (25 000 artistes)  qui figurèrent dans le « Top 40 » hebdomadaire de 22 pays couvrant 98% du marché international de la chanson.

(2) A l’exception du tournoyant André Rieu.

D. G

Références:

Joel Waldfogel, « Has pop music trade displaced local culture? », VOXEU, 29 mai 2010.

Yannick Bourquin, « L’invasion de la musique américaine? », Blog « Que disent les économistes? », 26 mai 2010.

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