Les droits antidumping dopent-ils la productivité?

L’OMC autorise la mise en place d’une protection tarifaire lorsqu’elle constitue une riposte à certaines formes de concurrence déloyale. Le plus souvent ceci prend la forme de droits antidumping qui sont calculés après enquête administrative. En Europe cette pratique est à ce point courante qu’on est en droit de s’interroger tant sur la légimité des plaintes qui émanent des entreprises locales que sur leur efficacité.

Jozef Konings et Hylke Vandenbussche montrent que ce sont les entreprises les moins efficaces qui réclament  puis obtiennent des droits antidumping à l’encontre de leurs compétiteurs extérieurs. Plus précisément, il s’agit des firmes les moins productives, dites également les plus éloignées de la « frontière technologique ».

Ceci n’est pas surprenant mais doit nous mettre la puce à l’oreille quant à la crédibilité d’un certain nombre  de plaintes pour dumping. En effet, il est tentant pour une entreprise en difficulté d’en attribuer la cause aux importations et de harceler la concurrence étrangère en déposant plainte auprès des autorité bruxelloises. 

Jusque là rien de nouveau sous le soleil me direz vous mais nos deux auteurs prolongent leurs investigations en étudiant la façon dont les entreprises se comportent une fois qu’elles ont obtenu la protection tarifaire qu’elles réclamaient. Après enquête statistique il apparaît que les « canards boiteux » le sont un peu moins à l’issue de la période de protection. En clair les firmes investissent plus en recherche en développement et « ajustent » leurs effectifs à la baisse afin de mieux affronter la concurrence (ah la dimension sociale du protectionnisme).

La remise à niveau est cependant modeste et se double d’un effet indésirable car il ressort de l’étude que les mesures antidumping pénalisent les entreprises les plus efficaces chez lesquelles elles provoquent des pertes de productivité. Et pourquoi donc? Pour une part, selon les auteurs, parce que les firmes les plus toniques sont aussi celles qui intègrent le plus dans leurs exportations des composants importés qui deviennent plus couteux du fait des droits antidumping.

Dit autrement, ces tarifs jouent comme un impôt sur les entreprises qui délocalisent afin de donner un bol d’oxygène aux firmes les moins performantes. Tout ceci est bel et bon mais est-ce la fonction véritable des antidumping?

Il est regrettable que cette protection devienne un substitut médiocre et coûteux à la politique industrielle  et on devrait se  demander  comment empêcher que certaines entreprises en soient réduites à la réclamer à tort et à travers.

D. G

J. Konings, H. Vandenbussche, « Heterogenous responses of firms to trade protection », Journal of International Economics, 76, 2008.

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