Commerce international et conflits militaires

Philippe Martin, Thierry Mayer et Matthias Thoenig nous ont conconcté un bien joli graphique.  On peut y suivre l’évolution du commerce mondial et de la conflictualité militaire depuis 1870.

« Doux commerce » oblige, on pourrait s’attendre à  observer deux courbes de sens opposé, or quelle surprise de constater qu’on se bat  aujourd’hui autant qu’en 1970 alors que l’intensité des échanges mondiaux a doublé.

A en croire les auteurs, les vertus pacificatrices du commerce ne sont pas automatiques mais dépendent de l’équilibre entre commerce local et commerce global.

Plus précisément, si la globalisation se développe au détriment du commerce de proximité cela peut conduire, au mieux, à  déplacer géographiquement le risque de conflit militaire et les auteurs suggèrent que la globalisation , si elle a réduit les risques de conflits mondiaux, aurait encouragé les guerres locales.

Partons justement du local. Le commerce régional a des vertus pacificatrices puisqu’il réunit des pays qui, du fait de leur proximité géographique et/ou d’accords commerciaux, échangent plus entre-eux qu’avec des pays tiers. Dans ce cas les échanges jouent comme une force de dissuasion tant le coût économique d’un conflit militaire devient important. Ce n’est pas rien lorsque l’on sait que la plupart des guerres concernent des pays frontaliers! 

Notons que le risque de conflit avec les pays tiers augmente lorsque l’intégration régionale s’approfondit, mais les auteurs calculent que ce risque supplémentaire est modéré (par exemple l’intégration de la Turquie dans l’Europe améliorerait plus ses relations avec la Grèce qu’elle ne dégraderait celles qu’elles entretient avec les pays non européens).

Le commerce « global » a quant à lui des effets bien plus contradictoires. 

D’un côté il  relâche les liens de proximité, ce qui accroît les risques de conflit,  mais d’un autre côté il est nécessaire que les échanges multilatéraux se développent entre blocs régionaux si ces derniers ont tendance à se refermer sur eux mêmes.

Cependant, comme ce dernier scénario est hypothétique, les auteurs souhaitent que les accords de commerce régionaux continuent d’équilibrer les flux globalisés.

Ces économistes auraient peut-être du commenter un peu plus la relation inverse, à savoir l’impact de la paix sur les échanges. Ceci permet de raconter une autre histoire: la période récente est remarquable par la stabilité du degré de conflictualité, ce qui a stimulé certainement l’essor sans précédent des échanges.

D. G

P. Martin, T. Mayer, M. Thoenig, « Does globalization pacify international relations?« , 04/07/2007.

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