Le FMI dépénalise l’inflation

Timbre allemand des années d’hyperinflation.

Olivier Blanchard (Directeur des études au FMI) soulève bien des protestations depuis la parution de son article, le 12 février dernier, dans lequel il recommande aux Etats de procéder à une révision de leur politique macroéconomique.

L’économiste préconise un peu plus de souplesse en matière monétaire et budgétaire afin que ces derniers soient en mesure de mieux combattre les récessions futures, tout en maîtrisant la spirale de la dette publique.

A l’heure où la crainte d’une spéculation sur les titres de dette publique conduit certains Gouvernements à une rigueur incongrue en matière de protection sociale cet article n’est pas sans intérêt (lire par exemple les récents propos de Fréderic Lordon).

Olivier Blanchard souhaite libérer la politique monétaire du carcan que lui impose, à ses yeux, l’objectif d’une inflation très faible (inférieure à 2% par an).

Tout d’abord, une inflation plus forte est associée à des taux d’intérêt plus élevés, que l’on pourra abaisser en temps voulu. Ensuite, ceci limite le risque de déflation, situation qui se répercuterait automatiquement sur le coup réel de l’endettement. Enfin, un supplément d’inflation permet d’abaisser le taux d’intéret réel plancher.

En effet, sachant que les taux d’intérêt réels correspondent aux taux d’intérêt nominaux défalqués de l’inflation, on comprend que dans le meilleur des cas, c’est-à-dire lorsque les Banques Centrales abaissent leurs taux nominaux à 0%, le taux d’intérêt réel ne peut être inférieur à l’opposé du taux d’inflation.  

En permettant que l’inflation flirte avec un rythme de 4%, on pourrait parvenir à des taux réels négatifs de -4%, contre -2% actuellement en Europe.

Lâcher un petit peu la bride à l’inflation aurait donc l’avantage, si l’on regarde les choses le long du cycle conjoncturel, de renforcer l’impact de la politique monétaire et d’atténuer les effets de la crise sur l’activité et l’emploi. Par suite, le budget de l’Etat n’aurait plus à supporter toutes les retombées de la récession et la dette publique ne s’envolerait pas autant qu’aujourd’hui.

Comme de bien entendu, les Présidents de la FED et de la BCE s’opposent sans réserve à cette préconisation.

Ce n’est pas très surprenant côté européen mais on s’interroge sur la réaction de Ben Bernanke qui évoque lui aussi le risque d’une inflation hors contrôle. C’est curieux car on peut lire ceci dans son manuel d’économie: « Bien qu’il existe quelques désaccords relatifs aux effets d’un taux d’inflation disons, de 5% par an, très peu d’économistes affirmeraient; qu’un taux d’inflation de 50 ou de 100% serait sans effets sur les performances de l’économie » (Principes d’économie, 2009). Or c’est de 4% qu’il s’agit selon Olivier Blanchard et non de 5.

Comment expliquer une telle levée de bouclier? Après tout Olivier Blanchard est un keynésien bien tempéré et son objectif est de contenir la dette publique.

Sans doute parce que les marchés financiers ne goûtent guère la perspective d’un regain, même modéré, de l’inflation, qui pourrait aider les Etats à réduire le ratio dette publique/pib au détriment des épargnants (l’horrible « planche à billets« )

Sans doute aussi parce le dogme de l’inflation la plus faible possible a la vie dure (Hayek fait toujours des émules) et qu’il n’est pas très agréable aux pouvoirs publics de s’entendre suggérer qu’ils auraient pu faire bien plus (et bien mieux) dans la séquence récessive que nous connaissons.

D. G

Pour aller plus loin on peut lire ce papier de J. Aizenman et N. Marion: « Utiliser l’inflation pour atténuer le déficit public des Etats-Unis » (en anglais) et sa critique ici.

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