Taux d’ouverture et spécialisation de l’économie française

L’analyse traditionnelle des flux d’échanges permet-elle encore de mesurer correctement le taux d’ouverture d’une économie? Par habitude on rapporte la valeur des échanges  au PIB, on multiplie par cent et il en sort un ratio qui approche les 30%. Des économistes de l’OFCE ont commis en 2006 un article qui démontre l’obsolescence d’une telle méthode à la lumière des évolutions récentes du commerce international. Très riche et fort bien écrit ce papier donnera lieu à plus d’un post.

Taux d’ouverture: apparence et réalité

Parmi les nombreux défauts de cet indicateur (J. M Siroën, 2000) il existe un problème de construction: le numérateur est un chiffre d’affaires ((exportations+importations)/2) tandis que le dénominateur est constitué par la somme des valeurs ajoutées brutes (1). Dès que le taux valeur ajoutée des exportations est inférieur à 100% on surestime automatiquement le taux d’ouverture quelle que soit l’origine des consommations intermédiaires. L’erreur tend à augmenter ces dernières années avec la progression des inputs importés (2). 

C’est pourquoi des économistes de l’OFCE ont procédé au calcul du taux d’ouverture « réel » des principales économies, soit la part de la valeur ajoutée qui fait l’objet d’une exportation (le tableau ci-dessus synthétise leurs résultats).

Le nouveau taux français se situe à 22% soit sept points en dessous de l’estimation courante.

Interprétons cette différence: lorsque la France exporte 100 euros cela crée 25 euros de valeur ajoutée dans un pays fournisseur de biens intermédiaires (3). Adam Smith aurait goûté ces entrelacs de la division internationale des  processus productifs.

Une vision diférente de la structure sectorielle des échanges

Lorsque l’on considère le commerce en valeur ajoutée la France semble moins spécialisée dans l’industrie et même l’agriculture qu’on ne le pense habituellement:

« Signalons simplement que la part des échanges industriels (importations et exportations) passe de 71 % des échanges (500 milliards de dollars) à 43 % (200 milliards de dollars), et la part des échanges de commerce, transport et services de 18 % (125 milliards de dollars) à 47 % (225 milliards de dollars) ».

Il est normal que la part de l’industrie dégringole ainsi tant ce secteur offre la possibilité de découper les processus productifs.

De façon surprenante il apparaît que ce sont les services aux entreprises qui  apportent la contribution la plus significative au commerce extérieur français et, sous réserve d’investigations supplémentaires, les auteurs conseillent aux politiques de ne point se tromper de cible lorsqu’ils se piquent de soutenir la compétitivité de nos entreprises.

 

G. Daudin, P. Monperrus Neroni, C. Riffaert, D. Schweisguth, « Le commerce extérieur en valeur ajoutée« , Revue de l’OFCE, juillet 2006.

G. Daudin et alii, « Le commerce de la France revisité« , Lettre de l’OFCE, 07/01/08 (

(1) On évalue également le PIB en termes d’emplois. C’est la somme des dépenses à caractère final.

(2) Il s’agit du commerce vertical qui est lié soit à des flux d’IDE entrants (approvisionnement des filiales étrangères résidentes) ou bien à des IDE sortants (dans le cadre d’une externalisation d’activité à l’étranger dont le produit est réimporté) ou bien encore à l’achat d’inputs sur le marché en dehors de tout IDE (global sourcing).

(3) Les auteurs réduisent le taux d’ouverture français de 25%, ce qui correspond à la fraction de la valeur ajoutée exportée qui est produite à l’extérieur du pays.

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