Mondialisation et hypersalaires

 

Depuis les travaux de Thomas Piketty (2001) les économistes s’intéressent à nouveau à la répartition du revenu et particulièrement à la part qui revient aux très hauts revenus.

Le graphique ci-dessus a été réalisé par deux chercheurs suédois Jesper Roine et Daniel Waldenström (2009). Il nous livre deux enseignements:

  • Depuis les années quatre-vingts les 1% les plus fortunés concentrent une part croissante du revenu total dans les pays anglo-saxons puis en europe du nord et continentale.
  • La France est un pays plutôt inégalitaire: la part des 1% n’est inférieure à la moyenne de l’échantillon que dans l’immédiat après-guerre puis à partir de 1990.

Une analyse économétrique de J. Roine, J. Vlachos et D. Waldenström  (2007) relie la montée des très hauts revenus au taux de croissance et au recul de pression fiscale (curieusement l’augmentation de la  part des dépenses publiques dans le PIB n’affecte pas les très hauts revenus).

Quant à la France il nous semble que son manque relatif de croissance n’est pas étranger à la part relativement modique que les 1% plus riches occupent actuellement dans le revenu national (par contraste on peut observer combien la croissance soutenue des années cinquante et soixante avait creusé les inégalités monétaires).

Et la mondialisation?

Leur conclusion est nuancée puisque le commerce international a effectivement un impact inégalitaire dans les pays anglo-saxons mais aucunement en europe du nord et continentale. Les auteurs jugent que le « modèle social » de ces derniers offrent un degré de protection (encore) suffisant pour compenser le creusement des inégalités qu’aurait pu provoquer la concurrence internationale. Par comparaison les salariés américains sont « sans filet ».

En revanche, et sans surprise, la part des « top revenus » est fortement corrélée à l’essor des marchés financiers (capitalisation boursière), ce que l’on peut aisément comprendre compte tenu de la nature de certains revenus en vogue (bonus ou stock options).

Reste donc à améliorer l’efficacité redistributive des prélèvements socio-fiscaux en les étendant aux revenus financiers, ce à quoi les gouvernements américain et anglais semblent (pour le moment) favorables.

Thomas Piketty, 2001, Les hauts revenus en France au XXième siècle: inégalités et redistribution, Paris, Grasset.

Jesper Roine, 2009, « Common trends and shocks to top incomes: a structural breaks approach« , IFN working paper n°801.

Jesper Roine, Jonas Vlachos et Daniel Waldenström, 2007, « What determines top income shares? Evidence from the twentieth century« , IFN Working paper n° 721.

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