Pourquoi l’Etat adore l’industrie

Ces derniers temps, il est beaucoup question de défense de notre industrie et d’un retour au patriotisme économique.  On parle politique industrielle et subvention à la relocalisation.

Alors qu’il se promenait doucement dans un atelier, Nicolas Sarkozy a confié que les usines, lui, il « trouve ça beau« .

Avec ces mots d’enfant le chef de l’Etat lève le voile sur un ressort profond de l’action publique qu’Adam Smith nous semble avoir saisi dans ce passage de la « Théorie des sentiments moraux » (1759):

« Lorsque le législateur établit des prix ou des récompenses pour la perfection des manufactures de toile ou de draperie, il est moins occupé de ceux qui se serviront de ces marchandises que des fabricants et de leurs ouvriers; la perfection de l’administration, le progrès du commerce et des manufactures sont des objets importants et nobles dont nous aimons à nous occuper, nous nous intéressons à leur avancement: ils font partie du système général du Gouvernement et ils font mouvoir les rouages de la machinerie politique avec plus de facilité et d’harmonie.

Nous prenons plaisir à la perfection d’un système aussi vaste et aussi beau, et nous cherchons à éviter tous les obstacles qui en peuvent déranger l’ordre et l’action.

Les diverses formes de Gouvernement ne sont estimées qu’en proportion du bonheur qu’elles tendent à procurer à ceux qui y sont soumis, c’est tout leur but et leur unique fin.

Cependant, par un certain goût de combinaison, par un certain amour de l’art et de l’invention, nous estimons quelquefois plus le moyen que la fin; nous travaillons à ce qui peut contribuer au bonheur des hommes, plutôt dans l’intention de perfectionner un système, que par un sentiment immédiat de sympathie pour ceux qui doivent en recueillir quelques avantages: aussi a-t-on vu des hommes très occupés de bien public, avoir perdu, à d’autres égard, presque tout sentiment d’humanité; et au contraire, des hommes très humains, n’avoir jamais eu aucun sentiment d’esprit public. »

Adam Smith, Théorie des sentiments moraux, Partie IV, chapitre 1: « De la valeur que l’apparence de l’utilité donne à toutes les productions des arts et de l’influence très étendue de cette espèce de valeur« . Traduction: Madame de Grouchy, Marquise de Condorcet (1830), pp.341-342.

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