Protectionnisme anti délocalisation aux Etats-Unis

free

Patrick Artus  suggère un peu vite (lire ici son article à propos de « la mondialisation présente« ) que le phénomène des délocalisations rend les velleités protectionnistes caduques.

Il nous explique que jadis il n’était pas complètement stupide d’appliquer une taxe sur un magnétoscope japonais ou coréen puisque cela donnait un ballon d’oxygène à des producteurs occidentaux qui demeuraient sur place. Or ces derniers ont délocalisé leur activité de sorte que la taxation des importations fabriquées sous pavillon occidental ne provoquerait aujourd’hui qu’une perte de pouvoir d’achat pour le consommateur final.

Soit, mais la réalité politique est encore contradictoire comme le montre Adam Mordecai dans un passionnant papier de 2006 où il recense pas moins de cinq formes de législation « anti-offshoring » aux Etats-Unis:

  • Le « chantage » aux contrats publics: 33 Etats américains stipulent que toute entreprise qui passe contrat avec l’administration locale ne peut fournir tout ou partie de ce service à partir d’un pays étranger (la mesure a été étendue à l’Etat fédéral en 2004).
  • L’obligation de publicité: les entreprises qui délocalisent ont l’obligation de rendre publique ces opérations dans six Etats.
  • Obligation pour tout opérateur d’un centre d’appel qui fournit une prestation auprès d’un résident américain de dévoiler son identité et le lieu géographique d’où il officie (16 Etats).
  • Prohibition du transfert à l’étranger de données et d’informations personnelles sur les clients d’un établissement financier dans 20 Etats.
  • Sanction financière: suppression de subventions et de prêts bonifiés à toute entreprise qui délocalise plus de 100 emplois (Connecticut); obligation de compenser les emplois « déplacés » par des créations nouvelles d’emplois sur place (Washington).

On peut toujours y voir de simples coups d’épée dans l’eau ou, c’est fort probable, une sorte de gesticulation électoraliste mais gageons que l’injonction de P. Artus à « approfondir les avantages comparatifs » n’apportera pas grand soulagement à l’inquiétude de l’opinion publique. Artus, qui n’est pas le dernier à pointer les excès de la mondialisation, devrait anticiper qu’en l’absence d’accompagnement social les populations exigent des services publics qu’ils n’imitent pas le comportement des entreprises privées.

Le libre échangisme gagnerait également à se montrer plus « créatif » que le protectionnisme. Pourquoi ne pas exiger des entreprises publiques qui ont recourt aux délocalisations qu’elles s’illustrent par un partage plus significatif des retombées positives de la mondialisation  soit sous la forme de hausses de salaires soit de prix plus faibles?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s