Commerce international et main invisible

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Selon Adam Smith le marché harmonise les intérêts individuels à l’image d’une main invisible qui conduirait chacun à agir, malgré lui, dans l’intérêt de tous. Côté « main » il y aurait « quelque chose comme une providence qui nouerait ensemble tous ces fils dispersés« et côté « invisible » aucun agent ne doit et ne peut chercher le bien collectif (M.Foucault).

Il nous semble que les économistes internationalistes ne tirent pas tous les enseignements de cette conception originale de l’ordre social et économique.

Or Adam Smith nous tend la perche:

« En préférant le succès de l’industrie nationale à celui de l’industrie étrangère, [le détenteur de capitaux] ne pense qu’à se donner personnellement une plus grande sûreté ; et en dirigeant cette industrie de manière que son produit ait le plus de valeur possible, il ne pense qu’à son propre gain ; en cela, comme dans beaucoup d’autres cas, il est conduit par une main invisible à remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions ; et ce n’est pas toujours ce qu’il y a de plus mal pour la société, que cette fin n’entre pour rien dans ses intentions » RDN, Livre IV, chapitre 2.

Que les justifications du libre-échange ne débutent ainsi… ce serait beaucoup plus stimulant. Eclairons cette citation.

Smith évoque ici l’existence d’un biais favorable au commerce intérieur lorsqu’un marchand ou un homme d’affaire investit son capital. C’est souvent le lot des économies naissantes comme les colonies américaines  dans lesquelles la rareté du capital impose, par un « ordre naturel des choses » de diriger le capitaux vers l’agriculture, puis les manufactures et enfin le commerce extérieur. C’est aussi le résultat d’une attitude prudente que les individus adoptent face aux aléas de la vie économique et que les distances du commerce au long cours rendent plus prononcés: « Le capital acquis à un pays par le commerce et les manufactures n’est toujours pour lui qu’une possession très précaire et incertaine« , » (Livre III, chapitre 4).

L’aversion au risque amène à privilégier le commerce local or comment ceci bénéficie-t-il indirectement aux partenaires commerciaux? Par une de ces ruses de l’interaction marchande: plus un pays s’enrichit plus il fait bénéficier les autres de ces surplus échangeables à bas prix et leur offre la possibilité d’écouler leurs marchandises. Et comme la division du travail rend a priori la liste des produits (et des talents) échangeables infinie tous les pays peuvent trouver leur place dans cet enrichissement généralisé.

Puisque l’opulence collective est totalement spontanée il faut veiller à ce que nulle main visible étatique ne privilégie les exportations ou ne se charge du bonheur planétaire. Smith était d’un optimisme.

DG

Michel Foucault, Naissance du Biopolitique, Cours au Collège de France (1978-1979), Leçon du 28/03/1979.

 

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